Đừng Đốt ( Ne le brûlez pas ), le journal intime d’une jeune vietcong ,un film de Dang Nhat Minh

Nous sommes en juin 1970 en pleine guerre du Vietnam dans le district de Duc pho. Dang thuy tram une jeune médecin nord Vietnamienne membre du VietCong meurt frappée d’une balle dans le Front. Peu après Fred whiteHurst ,un officier américain de renseignement trouve parmi une pile de documents le journal personnel de Thuy. S’apprêtant à le détruire en tant que document dépourvu d’intérêt militaire l’officier est arrêté dans son geste par son interprète Vietnamien : » Dont burn this one it has fire in it already. » Etats Unis 2005 au terme d’une réflexion longue de 25 ans whitehurst décide de rendre le journal de Thuy a sa famille.

Dung dot ,le film de Dang nhat Minh fait le récit des écrits de Thuy mais aussi du bouleversement qu’a ressenti  whitehurst à leur lecture. Car Thuy décrit la guerre d’une manière particulièrement saisissante et vivante : Le rugissement des pales des aéronefs ennemis, le ratissage des Gi , les terribles opérations de search and destroy. Ou »Les bombes, les balles, la souffrance, le fer et le feu  » comme l’écrit elle simplement. A l’instar de Platoon d’Oliver Stone,  Dung dot montre la guerre à hauteur d’homme en révélant le contrepoint crédible de l’insurrection : « Ici, il est plus facile de mourir que de prendre un repas » écrit Thuy pour décrire son terrible quotidien.

Les combats seront particulièrement âpres à  Duc Pho. En 1967, 64000 obus seront tirés dans la fire zone du district en seulement 3 mois et demi. Duc pho district réputé fief révolutionnaire sera aussi la zone de stationnement de la  division « Americal », considérée comme la pire division de l’armée américaine. Une de ses unités, la 11 ème brigade sera tenue responsable du tristement célèbre massacre de My lai.

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Enfant soldat vietcong

 

La guerre fut totale, le Viêt-Cong mobilisera toutes les ressources disponibles, parfois même des enfants soldats âgés d’à peine 14 ans comme le jeune Hoang qui selon Thuy «  tua 6 américains et renversa deux tanks » . (des « martyrs » communistes seront même recrutés à l’âge de 8 ans! Communist vietnam children) La violence viendra aussi des propres rangs du VC.  Thuy révèle ainsi que certains éléments du VC se retourneront contre leur camp ce qui trouble un peu les limites établies entre les belligérants. Les « Traîtres » comme Thuy appelle ceux qui firent défection pour le camp de Saigon(durant la guerre près de 200000 soldats communistes rallièrent le régime sud Vietnamien dans le cadre du programme chieu hoi) renseigneront souvent les américains et leur alliés sud-vietnamiens sur l’emplacement du pc de campagne de l’unité de Thuy obligeant celle ci à une fuite sans fin face aux patrouilles de l’ennemi.

Thuy en tant que médecin fut un témoin direct de la souffrance des hommes et femmes de la guerilla , essayant de soigner dans des conditions effroyables leur corps broyés par un conflit impitoyable. Face à la mécanique cruelle de la guerre, Thuy  fait toujours preuve de courage et d’humanité ,n’hésitant à pas à mettre en danger sa propre vie pour dissimuler ses patients  à l’ennemi. Parfois ses camarades sont emportés, avec les mots simples et poignants qui sont les siens, elle porte leur deuil meurtrie par son impuissance et l’injustice de la guerre.

Pourtant si Le journal de Thuy est celui d’une insurgée Viêt-Cong il est aussi l’expression des doutes des espérances d’une jeune fille du nord Vietnam plongée dans le chaos de la guerre. Et en ce sens le journal de Thuy porte des valeurs somme toutes universelles qui renverront Whitehurst à sa propre humanité. En dévoilant aussi l’intimité de Thuy son amour malmené par la guerre pour un jeune officier, dung dot offre un visage humain aux partisans vc longtemps représentés en occident en une guérilla fantomatique.

Cependant si l’histoire de Thuy est forte le film de Dang Nhat Minh l’est beaucoup moins. On dit de la guerre du Vietnam qu’elle fut un enfer pavé de bonnes intentions. On peut porter le même jugement pour Dung dot le film est si respectueux de son propos qu’il en évacue toute émotions spontanée. Pénalisé par une mise en scène plate et un jeu bien trop appliqué de ses acteurs, dung dot peine à toucher le spectateur. Dang nhat Minh nous avait habitué a plus de fraîcheur et de spontanéité dans ses films.

Et le film de Minh tend peut être trop rapidement à réduire Thuy à une icône héroïque et  pacifiste , un peu naïve en somme, du Nord Vietnam.« La nuit dernière j’ai rêvé de la paix. Oh le rêve de la paix et de l’indépendance brûle dans les cœurs de 30 millions de personnes depuis si longtemps écrit bien t-elle. »Pourtant si tram aime la paix, elle ne refuse pas la guerre. Employée en tant que personnel non combattant elle est animée par l’esprit du soldat, voire de Résistance pourrait-on même dire. « Mon cœur se remplit de haine pour ces bandits qui pillent notre nation, une haine qui me fait suffoquer. » écrit-elle quand elle apprend la mort d’un de ses camarades.  Si Thuy chérit la paix c’est par une victoire militaire totale qu’elle espère que son songe se matérialisera.

Un autre point sur que Dung dot ne fait que survoler est l’ethos et la pensée idéologique qui transparaît chez Thuy : on comprend que Thuy fut une nationaliste dévouée et aussi en même temps une ardente militante communiste. « Si je meurs j’aurais connu le socialisme. » déclare telle. L’idéologie est donc une  part relativement importante du journal pourtant peu approfondie par le film. C’est dommageable car Thuy apporte également un témoignage assez inédit sur le fonctionnement d’une cellule du parti communiste et des intrigues en son sein.

Thuy écrit souvent a propos de son aspiration déçue de devenir Cadre du Parti du fait de ses origines sociales : continuellement  » révèle des comportement bourgeois  » est un reproche qui revient lors de ses séances d’autocritique. Thuy est dans son journal révoltée par l’injustice de cette critique qui fait obstacle à sa nomination : « personne ne tente de nettoyer le parti de la lâcheté et de l’ignominie que l’on voit se manifester je n’ai pas peur de l’ennemi sur le champ de bataille ,j’ai peur de l’ennemi qui fait parti des nôtres et se trouve dans nos propres rangs. »Thuy doute tout en conservant malgré tout une foi inébranlable en les idéaux marxistes. Et c’est bien son questionnement sur son engagement qui atteste d’une certaine authenticité de son témoignage.

Le témoignage  de Thuy révèle aussi le fonctionnement des séances d’autocritique en tant  que,comme le désigne les militaires ,système de redressement ou de maintien de moral des troupes. Il est frappant de voir dans le  journal comment les velléités de révolte de Thuy deviennent presque comme étouffées après chaque session d’autocritique, celle ci semblant alors rentrer dans les rangs et accepter la discipline du Parti.

Dans l’époque post doi moi actuelle le journal de Thuy incarne un certain renouvellement idéologique: une critique du Parti, du moins dans les oeuvres littéraires et artistiques, est désormais possible si elle permet d’en améliorer ses institutions. Et en dépoussiérant le vieux mythe de l’invincibilité des soldats de l’armée populaire du Vietnam le récit de Thuy a pu rencontrer un écho considérable au sein de la jeunesse vietnamienne, bien plus que n’importe quel discours officiel sur la guerre.

C’est cette fraîcheur , ce franc parler du  journal de Thuy  qui fonde aussi sa valeur. Car somme toute Thuy  ne fut pas une héroïne de propagande mais plus intéressant une personne tout à fait ordinaire du nord vietnam, .  C’est ainsi que l’on peut penser que les carnets de Thuy sont peut être plus  complexes que  le récit pacifiste  si plat auquel le film de Minh les réduit : le livre de Thuy révèle un véritable témoignage de guerre, celui d’une jeune vietcong plongée dans l’incertitude, le cynisme, et la cruauté du conflit vietnamien. Car c’est la confrontation des valeurs humanistes de Thuy avec ces réalités de la guerre qui figure l’intérêt du journal. Un intérêt dont dung dot peine finalement à restituer pleinement sa quintessence du fait de son caractère aseptisé.

Un cinéaste franco-vietnamien, Lam lê résumera prosaïquement l’échec du  film de Minh en le désignant comme un  « caca » sic.La raison de cette échec selon lui, la quasi faillite économique dont est victime le cinéma national vietnamien. Car si le gouvernement vietnamien consacra un budget considérable pour une production cinématographique vietnamienne pour l’adaptation des carnets sur le grand écran, il semble qu’une grande partie des fonds alloués ne fut pas utilisée directement pour la production du film, mais fut perdue dans les méandres d’une industrie cinématographique vietnamienne exsangue.

La publication du journal de Thuy fut un best seller au vietnam , l’ouvrage s’écoulant à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires. Son exploitation à l’étranger fut un succès , notamment aux Etats-Unis.

Car si le film de Dang nhat Minh possède  une ambition c’est celle de prétendre à incarner un agent de réconciliation entre ancien ennemis, américains et nord vietnamiens.Lors de la projection du film à Los Angeles, John mcautiff du cantor film center a remercié Minh pour avoir réalisé “a movie about war that doesn’t have hatred only love the dream of peace and the brotherhood of soldiers.”

Poutant si le film de Thuy a reçu un accueil unanime pour sa force émotionnelle en occident, le public des vietnamiens d’outre mer ,les ex boat people ,tend a être plus sceptique.

Pour cette audience dung dot développe insuffisamment certaines questions clés du conflit du Vietnam comme le contexte de guerre civile qui opposa vietnamiens du nord et sud. « reconciliation with american is like hitting a door that has been already widely open, it is with the southern vietnamese that réconciliation should go. »commente Thanh , étudiant d’UCLA. Et il est vrai que le sergent sud vietnamien qui par sa bienveillance et son humanité sauva des flammes les écrits de Thuy ne reçoit qu’une reconnaissance réduite à sa plus simple expression à la fin du film : si le  « sergeant de saigon » est bien remercié par la mère de Thuy, le nom du soldat n’est même pas évoqué et son devenir reste à ce jour inconnu.

Dung Dot – Don’t Burn. Release Date: April 30th, 2009. Director:  Dang Nhat Minh ,Vietnam.

Pour en savoir plus

http://www.atimes.com/atimes/Southeast_Asia/LC09Ae02.html

Article précédemment publié sur le site saigonciné  mais complété de nouvelles sources.

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