Kim a sauvé sa jument Cheyenne de l’abattoir. « Ce que je redoute le plus dans cette aventure, c’est de manquer à mes responsabilités envers les animaux ». crédit photo : Yannis Kebatti

 

Elle a 28 ans et vient de prendre la route à cheval pour une expédition depuis Grenoble, où elle habite, vers le Viêt Nam, pays de ses origines. La jeune femme s’est donné deux ans pour accomplir ce voyage de près de 12000 kilomètres. Un projet qu’elle porte en elle depuis sa plus tendre enfance et qui n’a pas fini de la construire.

Des allures de tanagra, la vivacité d’un joueur d’échec et la jovialité d’une enfant. Autant dire que Kim Rémy a tout pour elle et espère bien ne rien gâcher. A vingt-huit ans, elle vient de se lancer dans une expédition baptisée « L’Eurasienne », un road trip à cheval qui lui permettra de rejoindre le Viêt Nam en deux ans, après avoir traversé seize pays. « Il ne s’agit pas de l’ancienne route de la soie mais d’un chemin complètement inédit, dont l’itinéraire a été décidé selon plusieurs contraintes », précise la jeune femme au visage délicat en relevant une de ses épaisses boucles châtains.

Flavien Staub a décidé de suivre Kim dans son périple. Sa monture, Ramsès, est un merens, cheval d’Ariège. Crédit photo : Yannis Kebatti
Le déclic

Accompagnée par Flavien Staub, son compagnon depuis près de onze ans, Kim a choisi de se lancer dans ce projet après avoir été responsable en achat d’énergie pendant deux ans et demi chez Gaz et Electricité de Grenoble. « Un job qui nécessite de jongler avec des millions d’euros sans commettre la moindre erreur sinon le directeur rapplique à la seconde dans ton bureau ». Du stress. Dans ce qu’il a de plus banal. « Au quotidien, retrouver des collègues ayant vingt ans de boîte, qui avouaient ne pas s’épanouir dans leur travail voire s’en plaignaient a été un déclic pour moi ». Gagner sa vie, même modestement, oui, mais se morfondre derrière un bureau, « avoir des problèmes de sciatique et du bide », très peu pour Kim. Qui a toujours rêvé de voyager en prenant le temps de la découverte.

Depuis l’enfance, cette aînée de quatre sœurs se passionne pour le sport et les grands espaces. Kart, équitation, tir à l’arc, course à pied. Des activités qui la font vite se sentir à l’étroit dans son Val d’Oise natal. Quand elle obtient son diplôme d’ingénieur en mathématiques financières, en 2014, Kim choisit de s’installer à Grenoble et d’avoir très vite son propre cheval. « Cheyenne, ma jument camarguaise, a cinq ans aujourd’hui. Elle avait trois ans et demi quand un boucher charcutier me l’a cédée ».

Et le rêve devient la réalité

L’animal fera partie de l’équipage de l’Eurasienne, tout comme le merens de Flavien. « Ce sont des chevaux assez rustiques capables de supporter des climats très chauds ou très froids ». Un fjörd, baptisé Vagabon, transportera l’essentiel du matériel de randonnée. « Nous avons convaincu des gitans de nous le vendre. Vagabon appartient à l’une des plus anciennes races de chevaux mais il nous a fallu le remettre sur pied. Il avait des œdèmes, vivait dans un enclos minuscule et était réduit à manger de la paille et non du foin ! » Enfin, Gaia, une chienne croisée border collie labrador de quatre ans et demi, escortera la joyeuse bande. « Elle est de loin la mieux préparée de nous tous, habituée à bivouaquer en montagne depuis toujours. Notre vétérinaire n’a jamais vu un chien en si bonne santé ! ».

Gaia, la chienne de 4 ans et demi est la mieux préparée de tous.  Crédit photo: Yannis Kebatti

Pour soutenir l’expédition, Kim a en outre créé l’association Réalise ton rêve, un « facilitateur » de projets qui compte déjà près de vingt membres. A très long terme le but est d’aider les gens à mettre sur pied leurs ambitions en mettant à leur disposition tous les moyens possibles (coaching, études marketing, recherche de financement, etc…). Pour L’Eurasienne, un partenariat a ainsi été noué avec une classe du collège Edouard Vaillant, à Saint Martin d’Hères, tout près de Grenoble. En leur présentant son périple, Kim a sensibilisé quatorze enfants à l’équitation, à l’environnement, au voyage…et peut-être bien à la géographie sans même qu’ils ne s’en rendent compte.

La route

Italie, Slovénie, Croatie, Hongrie, Roumanie, Bulgarie, Turquie, Iran, Pakistan, Inde, Birmanie, Thaïlande, Cambodge et Viêt Nam jalonneront notamment la traversée. Il s’agit d’une part de suivre toujours les cours d’eau, pour installer un campement et permettre aux animaux de se désaltérer et d’autre part de pouvoir rencontrer au moins un village par semaine pour assurer les ravitaillements.

Les trajets épousent sur certains tronçons les sentiers de grandes randonnées ou ont été définis grâce à plusieurs partenariats. Kim et Flavien ont mis au point une bonne partie de l’itinéraire en consultant la fédération française d’équitation, la Fédération internationale de tourisme équestre et les ambassades de nombreux pays traversés. Si la Serbie a conseillé aux aventuriers de contourner ses frontières pour cause de contrôles sanitaires excessivement contraignants à la frontière sortante, l’Inde a montré un enthousiasme inattendu face au projet. « Le pays souhaite développer son tourisme équestre et nous a proposé de créer la route de l’Eurasienne sur la partie indienne. » Un coup de main qui se refuse d’autant moins que certains Etats n’ont pas encore donné de réponse sur les modalités de passage à la frontière. Ainsi du Pakistan. « Ils finiront peut-être par répondre » mais plutôt que d’attendre sans bouger Kim et Flavien envisagent déjà de devoir contourner certaines zones de la traversée. « En Europe, avant de rentrer dans un pays, il faut présenter des certificats vétérinaires de moins de dix jours pour chaque animal. Il y a peu de raisons pour que cela soit plus simple ailleurs. »

Voir le monde sous son plus beau jour

Néanmoins, pas question pour le couple de spéculer sur les raisons qui les pousseraient à prendre des trains de marchandises pour ne pas trop dévier de leur route. « Je fais partie de l’association Les Cavaliers au long cours. Elle a démontré qu’il était tout à fait possible d’organiser des périples en Asie centrale. Sans occulter ce que nous savons grâce aux médias sur ces régions du monde, je souhaite avant tout les découvrir à travers ce qu’elles véhiculent de positif ». Cette façon de voir la vie, Kim la doit à ses premiers voyages à Madagascar. « J’y suis allée souvent à l’adolescence. Je me souviens d’enfants dormant par terre, des cailloux qu’ils utilisaient en guise de poupées ». Bref, qu’il n’est pas besoin de posséder grand chose pour être un sacré rêveur.

Au bout du songe de Kim, le Viêt Nam est le pays qui l’attire évidemment le plus. « Ma mère est moitié italienne, moitié vietnamienne. J’ai déjà mis les pieds une fois là-bas mais en touriste ». Quand elle parviendra enfin à son but, la jeune femme aura trente ans. Et souhaitons-lui d’en être alors au tout début d’une nouvelle aventure.

Pour suivre L’Eurasienne :

 

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