Australie, faux capitaine d’un bateau de réfugiés, prince des rizières et mémoires contradictoires, Clément Baloup a accordé un entretien aux Cahiers du Nem sur son nouveau projet, intitulé « Tout là-bas ». Les Cahiers du Nem sont partenaires de ce projet, que l’auteur de bandes dessinées a choisi d’auto-éditer, et sont impatients d’avoir entre les mains ce nouvel opus de la série Mémoires de Viêt-Kiêu sur la communauté vietnamienne en Australie.
Il est possible de soutenir ce projet en précommandant un exemplaire et en contribuant au financement participatif en cliquant ici.
Pouvez-vous nous parler de la série Mémoires de Viet-Kieu et de la genèse de ce tome 5 ? Pourquoi avez-vous choisi de l’auto-éditer ?
Mémoires de Viet-Kieu est une série de BD sur laquelle je travaille depuis 20 ans ! Chaque tome est basé sur des reportages, des témoignages recueillis auprès de la diaspora vietnamienne : en France pour le tome 1 Quitter Saigon, aux USA pour le tome 2 Little Saigon, et ainsi de suite avec Les mariées de Taïwan et Les engagés de Nouvelle-Calédonie.
Le tome 5 parle de la communauté vietnamienne en Australie.
J’ai choisi de m’auto-éditer en partie à cause des changements éditoriaux dans le paysage français (rachat et transformation de la Boîte à bulles en Pictavita), pour être à la manœuvre de A à Z sur le projet et l’album, et enfin pour être en contact direct avec les lectrices et lecteurs.

Pouvez-vous nous parler de cette communauté vietnamienne en Australie ? Quelle est son histoire ?
Toutes les diasporas vietnamiennes que j’ai pu rencontrer, dans différents pays et continents, ont des points communs : l’arrachement à la terre natale, les traumatismes de la guerre et des conditions de l’exil, puis le long chemin de la reconstruction dans un pays d’accueil. En Australie, les périodes successives de prospérité et de crise ont impacté la vie quotidienne des Viet-kiêu, entre acceptation et rejet, entre pauvreté et – finalement – réussite sociale. Tout cela sur plusieurs générations et avec d’importantes nuances dans les destins de chacun.
Est-ce que vous racontez plus précisément des destins de personnages dans ce tome 5 ? Pouvez-vous nous les présenter ?
Dans Tout là-bas, chaque chapitre correspond à un témoignage. De la petite fille – devenue adulte et professeur d’université – qui doit abandonner ses rêves à Saigon, au jeune homme perdu en mer avec d’autres boat-people guidés par un « faux capitaine » incompétent, en passant par les récits des secondes générations qui, en grandissant en Australie, sont pris entre deux cultures et se sentent en marge. Enfin, j’ai réservé une partie aux activistes de la mémoire qui luttent pour que toute cette histoire, ce patrimoine, ne soient pas perdus. C’est le cas par exemple de celles et ceux qui ont retrouvé les traces des camps de réfugiés et des tombes des boat-people afin de les honorer.
Il y a aussi la dimension mémorielle, comme dans toutes les diasporas vietnamiennes. C’est le sujet des travaux de la chercheuse Nathalie Huynh Chau Nguyen. Est-ce que vous abordez cette dimension du conflit des mémoires dans la diaspora en Australie ? Au-delà, quels ont été les défis pour cette diaspora ?
Ma BD possède en effet un aspect « travail de mémoire ». Je cherche, je gratte pour faire ressurgir les événements et j’essaie d’être le plus objectif possible en recoupant mes informations. Mais les témoignages sont par essence subjectifs, et en Australie les conflits mémoriels, les divergences d’opinions sont particulièrement marqués ! J’essaie de me poser en spectateur – c’est délicat – mais j’aimerais que le lecteur se fasse sa propre idée avec les éléments que je lui livre, et surtout, au-delà de ce qui nous divise, que l’on voie ce qui nous réunit. D’ailleurs beaucoup des secondes générations à qui j’ai parlé partageaient ce souhait.

Est-ce qu’un prochain tome est en préparation ? Souhaitez-vous nous dire sur quels thèmes ?
Pour l’instant, je me concentre à fond sur Tout là-bas mais c’est vrai que des thèmes liés au Vietnam et à mon histoire familiale me trottent en tête. J’ai envie de revenir sur un traitement plus autobiographique, encore plus intime, sur ma généalogie, incluant mon grand-père qui était surnommé, à l’époque, « le prince des rizières ».









