Tran Thi Hao, J’aurai vingt ans dans deux jours

TTH J'aurai 20 ans

TranThi Hao fait partie de ce petit club très select des auteurs issus du Vietnam qui écrivent directement en français. Elle y occupe la place de celle qui est née et reste vietnamienne, qui a poussé ses études en Français jusqu’au doctorat, et vit en France depuis quelques années. De formation universitaire, elle-même professeur de français, elle écrit en vietnamien, mais a aussi signé plusieurs livres en français, dont quatre romans, tous publiés à L’Harmattan.

J’aurai vingt ans dans deux jours, le dernier, raconte l’histoire d’une jeune fille de Hanoï, cultivée, attachée à sa ville par toutes les fibres d’une culture, qui la rattache à un Vietnam de la tradition. A travers son regard, le lecteur découvre une Hanoï poétique, baignée de lumière dansante et de poésie ancienne, recélant dans ses quartiers, ses rues, son lac une histoire, des héros et des héroïnes venus du passé d’un grand et ancien pays.

Pour autant, la ville où la romancière embarque son lecteur n’est pas une ville passéiste ni figée. Lan, l’héroïne de presque vingt ans, est étudiante, et prépare un concours qui doit la conduire vers la France. Sur la tradition révérée, elle porte un regard sinon moderne du moins contemporain.  Son histoire est aussi celle d’une rencontre amoureuse, avec un étudiant français. Coup de foudre, découvertes croisées, partage de sentiments exprimés avec délicatesse, errances dans les rues chargées de légendes – qui donnent parfois lieu à des présentations peut être un peu trop touristiques.

Et aussi rencontres avec la famille de Lan, et escapades en amoureux dans le pays : c’est alors une évolution dans les mœurs qui se lit au fil de l’histoire. Une telle intimité familiale, avant le mariage, n’eût pas été imaginable il y a quelques années. Le changement des mœurs accompagne les bouleversements architecturaux d’une ville en proie à la modernité. Le monde évolue mais ne s‘efface pas, et le passé reste la clé du contemporain et le garant de l’avenir.

Et d’ailleurs, cette ville en mutation, cette génération en devenir, ces jeunes gens qui n’ont pas connu les longues années de guerre, ne peuvent échapper totalement aux séquelles d’un terrible passé. Un mal sournois frappe encore  à l’aveugle certaines victimes qui n’avaient rien à voir avec les affrontements d’hier. La Faucheuse n’est pas morte. La menace retardée du tsunami de produits chimiques déversés sur le pays – ce que l’on appelle « l’agent orange », du nom de la couleur des barils qu’on balançait sur les forêts et les campagnes – reste toujours présente, rôdant par-dessus la promesse de bonheur d’un vieux pays très jeune.

On n’en dira pas plus sur ce point, sinon pour souligner que le roman de Tran Thi Hao sait tisser les liens qui nous font voir des êtres et des lieux avec leur immense richesse, qui est de conjuguer les ressources du passé avec les promesses l’avenir. En apportant cette façon de voir, cet art de l’évocation bâti sur la conjonction de cultures différentes, Tran Thi Hao nourrit à son tour une belle lignée d’auteurs qui enrichit notre langue commune de points de vue autres, différents et toujours nouveaux.

Tran Thi Hao, J’aurai vingt ans dans deux jours, L’Harmattan

 

 

 

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