Histoire de la Guerre du Vietnam: la bataille des mémoires

Pourquoi les Etats Unis ont ils perdu au Vietnam?Pourquoi les Etats Unis sont intervenus au Vietnam? 37 ans après la fin de la guerre, ces questions divisent encore les historiens.

Introduction : l’afghanistan un nouveau vietnam?

Afghanistan

Octobre 2009, le président barack obama doit prendre une décision qui sera sans doute à compter parmi les plus périlleuses de son mandat : formuler une nouvelle stratégie militaire en afghanistan pour tenter renverser le cours d’une guerre où l’amérique semble enlisée face aux talibans. Faut-il envoyer plus de troupes, près de 40000 hommes, comme le lui réclame sans cesse ses généraux? Ou entamer un retrait  ordonné ainsi que le suggére l’aile gauche de son parti?

Face à ce dilemme, l’administration obama  a fait appel à l’Histoire pour tenter d’en recueillir quelques enseignements.  Et désormais le déroulement d’un autre conflit asymétrique , la guerre du vietnam, s’est retrouvé au centre des préoccupations de la maison blanche: au travers du débat sur l’afghanistan, c’est toute l’histoire du conflit vietnamien qui est en train d’être réexaminée aux Etats-unis ,notamment à l’aune de la littérature récente sur le sujet.

Deux conceptions opposées du Vietnam s’affrontent par le biais d’une bataille de livres : Pour le vice président joe biden, partisan d’un retrait en afghanistan, la guerre du vietnam n’était pas gagnable. Il invoque le livre de Gordon M. Goldstein ,lessons in disaster  ,qui entérine le désaveu de la politique américaine d’escalade au Vietnam par celui qui en fut pourtant un des principaux artisans ,le conseiller à la sécurité nationale des présidents Kennedy et Johnson  ,McGeorge Bundy.

A l’opposé,le genéral Stanley McChrystal et le sénateur John Mc cain partisans de l’escalade en afghanistan brandissent    A better War  , un ouvrage qui donne à penser qu’au Vietnam, l’amérique aurait pu être victorieuse. A better war décrit ainsi comment dans les dernières années de l’engagement américain au Vietnam, les militaires de l’US army avaient réussi à contrer le Vietcong par une stratégie contre insurrectionelle inédite.

La controverse qui traverse la maison blanche révèle ainsi  que  35 ans après la chute de saigon,la communauté des historiens est encore engagée dans un débat brûlant sur le conflit vietnamien.   Deux écoles d’historiens s’affrontent dans une compétition intense  pour la mémoire de cette guerre , l’école dite « orthodoxe » contre l’école « révisionniste ».Ce billet se propose de cerner la teneur de cette bataille d’historiens et d’abord d’en identifier les acteurs.

A napalm strike erupts in a fireball near U.S. troops on patrol in South Vietnam in 1966 during the Vietnam War. (AP Photo)

La guerre du Vietnam, une cause juste ? Orthodoxes contre Révisionnistes

L’école orthodoxe et révisionniste s’opposent sur le sens à donner au conflit vietnamien.

Pour les historiens orthodoxes  l’engagement américain au vietnam était une guerre inutile pour la défense des intérêts vitaux des Etats-Unis ,injuste et immorale dans la manière dont elle a été exécutée. Cette interprétation de la guerre est considérée comme la doctrine traditionnelle et encore dominante sur le sujet du vietnam: l’ensemble de la  production cinématographie américaine et la majorité de la littérature  publiée sur l’engagement américain ont été porteurs de cette critique de la guerre du vietnam. Les historiens de cette école  ont souvent eux-même  participé sur les campus à la contestation de l’engagement américain au vietnam  durant leur jeunesse.

Pour les « révisionnistes », la guerre au vietnam était une noble cause mais improprement menée.Ce positionnement historique a été par le passé souvent déconsidéré : dans l’inconscient collectif seule une frange peu éduquée de la population américaine de tendance conservatrice voire d’extrême droite ou des vétérans aigris incapables de tout travail de remise en question,  étaient susceptibles de soutenir une telle thèse. C’est un écueil à éviter, les historiens révisionnistes possèdent une crédibilité académique non contestable: ils sont diplômes d’ universités de premier plan à l’image du chef de file  de cette école, Mark Moyar détenteur d’un BA d’Harvard et d’un PhD de Cambridge. Une autre méprise possible, le terme révisionniste  ne vaut pas aux Etats-Unis pour négationnisme comme cela  peut être le cas en France. A son premier degré la définition du révisionnisme est la suivante : une activité méthodologique qui consiste, à partir de nouvelles sources ou documents à réviser des conclusions passées.C’est une démarche tout à fait rigoureuse et scientifique, à complètement dissocier du négationnisme qui lui a pour objet de nier la réalité de certains faits historiques comme ce fut le cas de la part de certains historiens sur l’existence de la shoah . Le profil de l’historien « révisionniste » est celui d’un universitaire né après guerre ou à une période du conflit où il était trop jeune pour en percevoir les conséquences. Cette école d’historien prétend donc posséder un point de vue dépassionné sur la guerre.

Une nouvelle perspective,Vietnamiser l’histoire de la guerre

La dispute révisionniste/orthodoxe   sur le sujet du vietnam est loin d’être récente. Liberaux et conservateurs se sont affrontés sur la manière dont a été menée l’engagement américain depuis 35 ans, pratiquement dès le sortir de la guerre. Comment alors  expliquer la vigueur actuelle du débat vietnamien? Par une nouvelle approche méthodologique : la vietnamisation de l’historiographie  de la guerre du vietnam.

La littérature sur le vietnam produite  jusqu’alors souffrait d’un biais majeur : son américano-centrisme. Avec pour résultat selon Nu anh Tran la production d’une  » binary vision of a war fought solely between Hanoi and Washington ». A cette vision qualifiée « d’américaniste »,  la nouvelle génération des historiens formée ces dernières années propose une perspective vietnamisée de la guerre du vietnam.   « The vietnam war was a vietnamese war » rappelle edwar miller.  C’est un fait majeur  à retenir :la guerre du vietnam opposa aussi les vietnamiens entre eux et Nord et Sud vietnam s’affrontèrent dans une guerre civile. (plus de détails sur la « vietnamisation » de l’historiographie dans la note 1 en bas d’article)

Débattre de la guerre

Le débat brûlant qui oppose les écoles révisionnistes et orthodoxes s’est focalisé sur trois questions :

  • La guerre du vietnam est un conflit de la guerre froide dans lequel les états unis se sont impliqués au nom d’une politique d’endiguement du communisme. Cette stratégie de containment trouvait sa justification géopolitique dans  la  théorie des dominos.  Cette théorie  fait l’objet de nombreuses controverses :la défense de l’amérique devait elle nécessairement passer par celle des états d’Asie du sud-est?
  • Si l’amérique est intervenue au sud vietnam c’est donc pour protéger son peuple au nom d’une croisade anti-communiste Pourtant, le régime du sud vietnam dont les Etats Unis assumait la défense, fut souvent contesté dans sa légitimité et crédité d’autoritarisme et de corruption . Quelle était donc le crédit réel de la république du vietnam?
  • Quelles sont les raisons militaires de la défaite des Etats-unis et était elle gagnable?Les écoles orthodoxes et révisionnistes s’opposent sur le diagnostic des causes militaires de la défaite américaine

I/Pourquoi l’Amérique est elle intervenue au Vietnam : la théorie des dominos

Le président Eiseinhower a été le premier à décrire sous la métaphore d’un effet domino, le danger que représentait l’expansion de l’idéologie communiste à la fin des années 50 . Selon cette théorie, si un pays tombait aux mains d’un mouvement communiste, alors ce basculement serait suivi du même changement dans les pays voisins. Cette doctrine politique fut invoquée pour justifier l’intervention américaine au vietnam et prévenir une future domination communiste en extrême orient. « Burma, Thailand, India, Japan, the Philippines and obviously Laos and Cambodia are among those whose security would be threatened if the Red Tide of Communism overflowed into Vietnam. » déclara John F. Kennedy alors sénateur, dans un discours  en 1956. La théorie des dominos était elle valide?

Les arguments  à l’encontre de la théorie des dominos

Les historiens orthodoxes réfutent fortement cette théorie.Tout à d’abord dans les faits, la chute des dominos ne s’est pas vérifiée, la thailande, l’indonésie et les autres pays du sud est n’ont pas été submergés par une vague communiste après la défaite des Etats unis en 1975 au Vietnam. Ensuite, le sud vietnam  ne représentait pas en lui même un intérêt stratégique majeur pour les Etats unis. L’amérique aurait donc pu se passer d’une guerre sans affecter sa crédibilité.  William strueck explique qu’un retrait précoce des Etats unis du vietnam en 1965 n’aurait pas nécessairement compromis l’influence américaine dans la région. Pour éviter que d’autres « dominos « d’importance plus vitale pour le Etats unis à l’instar du Japon ou l’Indonésie ne tombent, il aurait simplement fallut accroître l’engagement américain  envers ces pays à travers la contraction d’alliances militaires renforcées ou de stationnement de troupes.

Enfin, loin d’être monolithique le bloc communiste a connu de grandes dissensions entre ses membres. Chine et vietnam, pourtant alliés durant la guerre américaine, allèrent jusqu’à s’affronter militairement en 1979. L’expansion de la doctrine marxiste en asie du sud-est en fut fortement ralentie. Pour l’orthodoxie, la théorie des dominos ne releverait donc que d’une simple paranoia  américaine contre une conspiration communiste qui dans la réalité a failli à se  matérialiser.

Les arguments en faveur de la théorie des dominos

L’école révisionniste, quant à elle,  cautionne toujours le principe des dominos. Pour les révisionnistes, il convient de resituer le conflit vietnamien dans son contexte propre : la guerre du vietnam ne peut être  résumée à un simple affrontement entre l’amérique et le nord vietnam.Car si cette guerre est restée circonscrite géographiquement à la péninsule indochinoise, elle fut aussi insérée au sein d’ un affrontement global, la guerre froide.

La guerre froide a été la troisième guerre mondiale du XX siècle  »a world war, a hegemonic war, in which the future governance of the international system was at stake, and in which the great powers opposing the United States and its allies were the moral equivalents of Nazi Germany »explique Michael Lind dans Vietnam, the necessary war. L’importance des arsenaux nucléaires des belligérents de cette guerre rendant impossible une confrontation directe ,  la guerre froide prit la forme d’une séquence de « proxy war »: soviétiques et américains s’affrontèrent par pays interposés.  La ligne de front de cette guerre courait  de la  »symbolic border that ran through the city of Berlin and down the middle of the Taiwan Strait and bisected the national territories of Korea and Vietnam. »

Mais pourquoi avoir choisi précisément le vietnam, pays si éloigné des périmètres défensifs américains et soviétiques ? Principalement en raison de l’impasse stratégique dans laquelle se trouvaient bloqués les belligerents de la guerre froide au début des années 60 : à cette époque, l’union soviétique  ne pouvait plus progresser sur les fronts traditionnels qui l’opposait à l’amérique  ,l’Europe et l’Asie du nord-est, sans réchauffer dangereusement la guerre froide . »In those areas [of core importance] [there was a] « frozen in a stalemate that could not be broken without the risk of general war » explique lind. Mais dans le tiers monde Moscou avait une carte à jouer: »Peripheral areas of dueling, mainly in Asia and especially in Indochina, were important because they could be contested without such risk » avance lind .C’est ainsi que le vietnam fut choisi comme nouveau terrain d’affrontement de la guerre froide »Precisely because Indochina was of no  »intrinsic strategic value » to the United States » explique lind.

Viet Cong guerrillas plant American-made mines upon learning that ARVN troops are approaching the Mekong Delta (1973)

Vietcong dans le delta du Mekong, sud vietnam, 1973

En soutenant une guerilla communiste teintée de nationalisme comme celle d’hochiminh , l’union soviétique trouvait en le vietnam  un terrain idéal pour faire  avancer ses intérêts tout en évitant une confrontation ouverte avec les Etats Unis. « Thus, « Indochina was strategic because it was peripheral  » [and] Soviet Union and Communist China recognized the importance of Vietnam in this struggle and actively supported the North Vietnamese regime from its earliest days,  » explique lind « a fact that was not lost on the strategic planners within the Kennedy, Johnson, and Nixon administrations ».Au  vietnam ,les Etats-Unis  ne jouaient finalement pas la préservation de leurs intérêts vitaux mais celle de leur crédibilité  à contenir le communisme à travers le monde » If the United States pulled out of Vietnam, » explique Mark moyar dans Triumph Forsaken « the Americans would lose their credibility in Asia and most of Asia would have to bow before China or face destruction ».

Paradoxalement donc les historiens révisionnistes et orthodoxes s’accordent pour souligner la faiblesse de l’enjeu que représentait alors le contrôle du Vietnam. Mais si l’inutilité stratégique de ce pays justifie le rejet orthodoxe du bien fondé de l’engagement américain,elle légitime au contraire pour l’école révisionniste la présence américaine au Vietnam.

Enfin, le fait que l’asie du sud-est n’ait pas basculé dans l’orbite soviétique après la chute de saigon ne préjuge pas de la non validité de la théorie des dominos. La guerre américaine au vietnam aurait donné le temps nécessaire aux régimes thailandais et indonésien, d’éliminer leurs propres insurections communistes. William stueck, un historien pourtant orthodoxe concède que « the fact that dominoes beyond Indochina did not fall after South Vietnam went Communist in 1975 does not necessarily mean that a similar outcome would have resulted if South Vietnam had gone Communist a decade earlier. Indonesia, after all, was far more firmly anti-Communist in 1975 than it had been in 1965, Thailand was much stronger, and Chinese influence was far less threatening. »

conclusion

La controverse existante sur la théorie des dominos n’est donc pas près de s’éteindre. Mais au delà de l’appréciation que l’on pourrait en faire, son évocation  dans le contexte vietnamien a une utilité : élargir la perspective que l’on peut percevoir de la guerre du vietnam. Si la guerre fut américano-vietnamienne elle fut plus encore un conflit de la guerre froide confrontant les Etats Unis et leurs alliés sud-vietnamiens à l’ensemble du bloc communiste, l’urss et la chine en particulier. Et si américains, soviétiques et chinois choisirent de s’affronter en asie du sud est c’est parce que le vietnam ne représentait sur les planisphères de la guerre froide qu’un « sacré petit pays de merde » pour reprendre une célèbre expression du président johnson. C’est à dire un pays « périphérique »  juste bon à tenir lieu de champ de bataille dont les grandes puissances de la guerre froide se servirent pour réguler les tensions nées de leur compétition pour le leadership mondial.

Crack troops of the Vietnamese Army in combat operations against the Communist Viet Cong guerillas. Marshy terrain of the delta country makes their job of rooting out terrorists hazardous and extremely difficult

II/Pour qui l’Amérique s’est battu au Vietnam : la République du Sud Vietnam, régime fantoche ou troisième voie vietnamienne?

Si l’Amérique est intervenue au Vietnam c’est on l’a vu précédemment selon  la théorie des dominos pour faire barrage au communisme.  Les Etats-Unis se sont ainsi retrouvés à combattre les armées d’Ho Chi Minh au côté de l’opposition anti-communiste , la république du sud-vietnam. En effet, en 1954 le Vietnam fut partitionné en deux états antagonistes : entre une république socialiste au nord vietnam et un régime pro-occidental au sud-vietnam. C’est à cette époque l’engagement direct américain en asie du sud est  a véritablement commencé,matérialisé par un soutien financier et militaire à la république du sud-vietnam .Quelle était la légitimité du régime sud-vietnamien et fallait-il le soutenir?

Le point de vue Orthodoxe :La république du sud Vietnam ,un Etat failli, impopulaire et fantoche

Selon le consensus orthodoxe, le soutien américain au Sud-vietnam était dès le début voué à l’échec: le régime sud vietnamien n’était simplement pas viable.Les déficiences originelles de ce régime rendait impossible toute perspective de victoire sud-vietnamienne. Avec de tels alliés, l’amérique ne pouvait qu’échouer en asie du sud-est, il fallait donc se garder  soutenir le vietnam sud et plus  encore s’interdire d’intervenir militairement pour la défense de ce pays.

La critique orthodoxe de la gouvernance de la république du sud-vietnam s’est particulièrement focalisée sur son fondateur, le président ngo dinh diem. Aux yeux de son peuple et des historiens ce dirigeant n’était qu’une marionnette inféodée aux Etats Unis, ne devant son accession au pouvoir qu’à l’action des services secrets américains : C’est sous la pression de la diplomatie américaine que l’empereur Bao dai se résigna à nommer Diem à la tête de son gouvernement en juin 1954. C’est pour essayer de remédier au faible nombre de partisans dont Diem pouvait se prévaloir au sud-vietnam ,ce dernier n’étant représentatif que de la seule minorité chrétienne, que la CIA organisa l’exode des chrétiens du nord Vietnam vers Saigon. Près de 800000 nordistes quittèrent leur région d’origine suite à une vaste campagne de propagande dans une opération de guerre psychologique restée depuis dans les annales.

Ceci expliqua pourquoi, le président Ngo dinh diem ne possédait ni légitimité ni popularité au sein de la population sud-vietnamienne. Il n’était que le leader réactionnaire d’un régime corrompu et autoritaire, emprisonnant et exécutant ses opposants en masse.

Et lorsque les Etats Unis pressèrent Diem d’entreprendre des réformes, ils leur fut opposé une fin de non recevoir: le dirigeant sud-vietnamien ne souciait que de la défense des prébendes de la minorité qu’il représentait ainsi que des intérêts de son clan familial.Le président sud-vietnamien rencontra alors une opposition de plus en plus forte à son pouvoir de la part du clergé bouddhiste qui culmina avec la spectaculaire immolation du moine Thich Quang Duc en signe de protestation contre la politique de Diem . Dans ce contexte, les Etats-Unis finirent alors par retirer leur soutien au régime de Saigon. Privé de tout appui extérieur comme intérieur, le président Ngo Dinh Diem fut assassiné en 1963 pendant un coup d’état perpétré par ses propres généraux soutenu par les Etats Unis .

L’immolation du moine bouddhiste Thich Quang Duc pour protester contre la dictature de Ngo Dinh Diem, 1963

Le point de vue Révisionniste : Réévaluer la république du sud-vietnam

La récente littérature révisionniste sur ce sujet  tend à modérer quelque peu ce portrait peu amène du président sud-vietnamien. En effet,la présidence de Ngo dinh diem a été réhabilitée sur certains de ses aspects  :

1) L’accession au pouvoir de Diem semble avoir été plus légitime que l’on supposait auparavant

Dans « Vision, Power and Agency: The Ascent of Ngo Dinh Diem, 1945-54, » Edward miller refute l’affirmation que ce furent les diplomates américains qui forcèrent Bao Dai à sélectionner Diem pour la fonction de premier ministre : « Historians have so far failed to turn up any documentary evidence of a secret US plot to install Diem as premier in the spring of 1954 » explique ainsi Miller. Car c’est en comptant sur ses propres forces en réussissant à mobiliser une base de soutien qui n’était pas circonscrite aux seuls catholiques que Diem put accéder au pouvoir :« at the time of his elevation to the premiership, Diem was not as lacking in Vietnamese allies as he is often supposed to have been. Besides his Catholic backers, he was able to count on support from certain key non-Catholic leaders and groups” explique Miller.

Sur l’exode des chrétiens du nord Vietnam supposément provoqué par les américains pour renforcer le nombre de partisans de Diem, Peter Hansen a démontré que plus que les effets d’une campagne de propagande organisée par la cia (qui dans les faits échoua à atteindre efficacement la population du Nord Vietnam), ce sont les agissements du Parti communiste Vietnamien qui poussèrent les nord vietnamiens à l’exil: la réforme agraire qui se traduisit par l’exécution de milliers de petits propriétaires paysans, la politique anticapitaliste menée dans les zones libérées, la purge des cadres issus des classes moyennes du parti achevèrent de convaincre les catholiques nordistes que leur salut ne pouvait se trouver qu’au Sud.

2)Le régime de Diem n’était pas un état fantoche soumis aux Américains

Ainsi,  la question de l’indépendance du dirigeant sud-vietnamien a été aussi réévaluée par l’école révisionniste : contredisant le postulat orthodoxe présentant le chef d’état comme une simple marionnette américaine, le dernier ouvrage de philip catton “Diem’s failure prélude to America’s war”, fait le portrait d’un diem artisan d’un nationalisme moderne, déterminé à suivre son propre agenda. Si le livre de catton n’entreprend pas pour autant de laver les tares dont on affabule le régime sud-vietnamien, sa corruption et ses échecs politiques et militaires, il démontre que les dirigeants vietnamiens étaient porteurs d’un projet de “state building” authentiquement vietnamien et autonome des Etats-Unis,inspiré par un courant philosophique, le personnalisme.

Formulé par le philosophe Emmanuel Mounier, le personnalisme se définissait comme une troisième voie rejetant aussi bien le capitalisme que le communisme en visant la fondation d’ une société post capitaliste centrée sur la satisfaction des besoins matériels mais aussi spirituels de « La Personne ». Cette troisième voie échouera : »Diem’s vision of Vietnam’s modernisation[…] would fail miserably in the long run » explique Miller mais pour autant cet auteur souligne aussi que [this] » failure does not necessarily imply insignificance or inconsequence » de la politique de Diem.

Diem redoutait que la perception de sa dépendance envers les Etats unis n’affaiblisse son crédit de nationaliste , et ce faisant ne renforce ses ennemis. Le président sud-vietnamien craignait ainsi presque autant les américains que l’insurrection communiste au sud vietnam.

D’ailleurs le fait même que son assassinat ait été tacitement encouragé par les Etats unis http://en.wikipedia.org/wiki/Cable_243 est sans doute la démonstration la plus probante que les positions de Diem étaient loin d’être toujours alignées avec celles de l’administration américaine. C’est  pourquoi que Philip Catton a résumé le destin politique de Diem en les termes suivants: « Neither an American puppet, as communist propaganda claimed, nor a backward-looking mandarin, according to Western accounts,Diem is a tragic figure who finally ran out of time, just a few weeks before JFK’s assassination. »

The battle for District 8 in Saigon in May 1968 . This woman hit by helicopter rocket fire was helped by a nervous South Vietnamese soldier.

3)Au regard de certains de ses succès, la république du Sud-Vietnam ne peut être résumé qu’à un Etat failli

D’autres auteurs révisionnistes prolongent encore plus loin la réhabilitation de diem en réevaluant les résultats de la politique du dirigeant : Edwar Miller avance qu’il n’existe pas dans les faits  de preuves tangibles  démontrant que Ngo dinh diem ait été un dirigeant excessivement corrompu.(mais ce ne fut pas le cas du reste de son administration)Keith taylor et Mark moyar  décrivent diem comme un leader compétent et sage.

Dans son article OVERTHROWN BY THE PRESS: THE US MEDIA’S ROLE IN THE FALL OF DIEM, ZI JUN TOONG indique que le rôle des médias occidentaux fut central dans la chute du Diem. C’est la couverture médiatique de la crise bouddhiste dépeignant le gouvernement du sud-vietnam en une dictature cruelle qui fut la cause déterminante de son renversement, plus que la dégradation de la situation militaire ou politique dont l’étendue réelle reste par ailleurs controversée: » Whether or not media reports of the Buddhist Crisis were accurate, they significantly influenced public opinion, and thus threatened Congressional support for the U.S. war against Communism. In this way, the media influenced the Kennedy administration‘s decision to support a coup overthrowing Diem. »explique Toong

Mark moyar dans « Triumph Forsaken » avance la thèse controversée, que le régime  de Diem, s’il avait connu des fortunes diverses en la matière notamment en 1960 où la guérilla du FNL avait repris l’initiative, avait remporté d’important succès contre l’insurrection vietcong durant la période 1962-1963.Ainsi que l’explique Andrew Wiest dans Vietnam’s Forgotten Army » North Vietnamese official history of the war admits that in 1962 the ARVN was on the offensive everywhere »and “liberated areas and areas where the masses had seized control shrank. Guerrillas […] were forced to […]flee .”

. Pour autant,  Mark Moyar ne minimise pas le caractère autoritaire du régime sud-vietnamien qui se traduisit par une représsion souvent violente envers ses opposants ( la répression du soulèvement bouddhiste fit plusieurs centaines de victimes) . Mais pour Moyar, le contexte culturel et militaire qui prévalait alors au sud vietnam, rendait nécessaire cette politique répressive pour assurer la survivance du régime face à un ennemi qui n’hésitait pas lui aussi à employer les moyens les plus brutaux .

L’amérique ne comprenait donc pas Diem et son assassinat pour Moyar fut une tragédie pour l’amérique :cet historien a même présenté le soutien américain à l’assasinat de Ngo dinh Diem comme étant  la pire erreur commise de toute la guerre,et de loin,  par l’administration américaine. La période d’instabilité politique et militaire  qui suivit le renversement de diem  ruina l’effort de pacification qui avait été obtenu jusqu’à présent. »The deterioration begin [..]following Diem’s overthrow, when the new leaders failed to lead, feuded with each other, and arrested untold numbers of former Diem supporters,[… ][and] repeatedly removed men of considerable talent,because of their past loyalty to Diem. » Les capacités opérationnelles de l’armée du sud-vietnam se détériorèrent alors profondément.  En conséquence, le président johnson dut prendre une décision qu’il avait sans doute voulu jusqu’au dernier moment éviter, l’américanisation de la guerre .

L’élimination de Diem  fut célébrée par les forces Nord Vietnamiennes  comme un « don du ciel » pour reprendre l’expression du leader Vietcong Nguyen Huu Tho :Ho chi minh en apprenant la nouvelle du coup d’état se serait exprimé  » I can scarcely believe the Americans would be so stupid. » Le politburo nord vietnamien aurait prédit: « The consequences of the 1 November coup d’état will be contrary to the calculations of the U.S. imperialists … Diệm was one of the strongest individuals resisting the people and Communism. Everything that could be done in an attempt to crush the revolution was carried out by Diệm. Diệm was one of the most competent lackeys of the U.S. imperialists … Among the anti-Communists in South Vietnam or exiled in other countries, no one has sufficient political assets and abilities to cause others to obey. Therefore, the lackey administration cannot be stabilized. The coup d’état on 1 November 1963 will not be the last »

|The Curious Rehabilitation of Diem, 12/11/1973| Plusieurs milliers de saigonais assistent à la commémoration des 10 ans de la mort de Ngo Dinh Diem. Étrangement son successeur le président Thieu, pourtant lui même ancien participant au coup d’Etat contre Diem, fit une donation pour la commémoration tentant ainsi de récupérer un peu de la popularité dont semble t-il jouissait le président défunt.

The Curious Rehabilitation of Diem, Times Magazine

 

Quelle était donc la valeur réelle des gouvernants de la république du vietnam du sud ?

Le régime du sud était sans doute plus légitime que ne laissait le supposer jusque que là la littérature orthodoxe : depuis que les implications des USA dans l’élimination de Ngo dinh diem  ont été identifiées sans équivoque, la thèse orthodoxe du dirigeant marionette a été sérieusement invalidée. En outre, il a été démontré que le régime du sud était capable de réalisations importantes sur le plan sécuritaire et économique.  Et il semble que le projet politique dont été porteurs les dirigeants du sud vietnam ait été plus complexe que celui d’un simple  détournement de l’aide financière américaine.

Pour autant la question de l’efficience du régime sud-vietnamien reste sujet à caution, et les succés dont on crédite maintenant ses dirigeants n’effacent pas encore la vénalité et les déficiences dont ce régime a fait preuve. C’est peut être ainsi qu’il faut comprendre l’apport de la littérature révisionniste sur le regard que l’on peut avoir sur les sud vietnamiens:  une litterature nouvelle qui selon edward miller représente « a new historiography of South Vietnam’s republican period which neither demonizes nor sanctifies non-communist groups and leaders but which gives them their due as important actors in the long and complex struggle over Vietnam’s national destiny. » Un volet manque à ce portrait des sud-vietnamiens, l’évaluation des capacités militaires de l’armée de la république du vietnam. Elle sera réalisée dans le point suivant.

3/ Pourquoi l’amérique a t-elle perdu la guerre du vietnam?

Le conflit vietnamien pour les armées américaines, restera pour longtemps un traumatisme et un paradoxe militaire. Les GI auraient remporté chacune de leurs batailles mais en définitive perdu la guerre. Le Colonel Harry Summers, un historien militaire américain et son homologue de l’armée nord vietnamienne eurent un échange devenu depuis célèbre sur ce sujet : « You never defeated us in the field. » aimait à rappeler Summers. Ce à quoi l’officier nord vietnamien répondait « That may be true. It is also irrelevant ».

Que s’est t-il donc passé?

l’amérique enlisée dans la guerre de Westmorland

Sur les premières années de la guerre , qu’on peut dater de l’introduction des troupes au sol en 1965 à l’offensive du têt de 1968 ,l’évaluation de l’action de l’US army au vietnam fait l’objet d’un consensus entre historiens orthodoxes et révisionnistes : la méthodologie militaire  employée sur cette  période de la guerre se révela fondamentalement erronée. Ainsi dans son ouvrage Vietnam the necessary war l’historien révisionniste Michael lind explique  que « The military debacle of vietnam remains a textbook case of how not to fight a war » Pour les deux écoles, il y eu donc une débacle militaire au vietnam et les responsables en sont les généraux.   Et en premier lieu, le Général Westmorland dont la stratégie  pour contrer l’insurrection vietcong s’avéra particulièrement inappropriée.

L’approche américaine se résumait à prendre le contrôle de la guerre au détriment des Sud-vietnamiens pour essayer de la remporter militairement en conduisant une guerre d’attrition.  « Search and destroy » fut l’antienne de cette stratégie. Elle en décrit assez bien l’objectif : il s’agissait de tuer autant d’ennemis que possible pour démoraliser le vietcong et mettre fin à son agression du sud-vietnam.

Face à ce mot d’ordre lancé aux Gi, une autre formule fut aussi en vogue au sein de l’état major américain : « Men, Money, Material, » il fallait mettre en branle la machine de guerre américaine dans son ensemble pour écraser le vietcong. Les dépenses américaines au vietnam atteignirent à leur pic près de 35 milliards de dollars par an. Et les généraux demandèrent toujours plus d’hommes pour  américaniser la guerre : au plus fort du conflit près de 543000 Gi furent stationnés au vietnam.

Si les opérations de « search and destroy » réussirent à infliger un nombre très important de pertes au vietcong, elles échouèrent sur l’essentiel : la pacification du sud-vietnam. Contre une guerilla insaissisable  une victoire obtenue par des moyens conventionnels reste sans lendemain .Cet enlisement, s’accompagna d’une hausse importante des pertes américaines ,corollaire de l’engagement massif du contigent au vietnam. L’opinion publique américaine ne tarda pas alors à se retourner contre cette guerre face au coût humain et financier exorbitant qu’elle représentait

Enfin, en 1968 les nord vietamiens lancèrent une attaque de grande ampleur qui stupéfia l’amérique par son audace, l’offensive du têt. La bataille du têt  résonna alors comme un échec complet de la stratégie de westmorland: malgré 4 années de traques sans merci, le vietcong possédait encore  les ressources pour lancer une offensive généralisée ciblant simultanément l’ensemble des villes du sud-vietnam.  « We had followed a losing strategy — one that led us not to success but to the acceptance of failure. Attrition is a brutal measuring stick. [..] expliqua dans Lessons of disater George Mc Bundy ,ancien conseiller à la sécurité nationale, »The doves were right »ajouta-t-il

Cependant, si l’offensive du têt représenta une victoire décisive pour le Nord Vietnam, ce fut surtout sur le plan psychologique : d’un point de vue strictement militaire ,le têt fut une défaite écrasante pour le nord vietnam , les pertes du vietcong et de l’ APV furent au bas mot cinquante fois supérieures à celles des américains. La bataille n’en occasionna pas moins un renversement profond de l’opinion américaine du fait de sa couverture médiatique: « Les combats dans Saigon donnèrent aussi aux nombreux journalistes américains présents sur place l’occasion et la matière pour abreuver l’Amérique profonde d’images de leurs soldats en action « explique Patrick Barberis  « si l’armée américaine [remporta] en effet des victoires écrasantes sur le terrain, les images générées par ces combats produisent l’effet inverse. »  On [assista] à l’exemple spectaculaire et paradoxal d’une guerre où la victoire militaire fabrique des images de défaite et aboutit à une débâcle politique. « 

Pour l’école orthodoxe, la bataille du têt scella le sort de la guerre. Si les américains restèrent au Vietnam encore  près de 5 ans après cette bataille, ce fut à en raison d’un entêtement incompréhensible : les premières années du conflit avaient déjà  consacré l’échec de la présence américaine au vietnam et la prolongation de l’engagement des Etats-Unis durant la période 1968 – 1973 n’en fut que la continuation tragique.

A better war, l’autre guerre du vietnam

L’école révisionniste s’inscrit en complet désaccord avec cette lecture des évènements. Pour les révisionnistes, la période post têt a constitué un basculement stratégique majeur dans la politique américaine au vietnam . Car après l’offensive du têt, les généraux changèrent de méthodologie militaire et conduisirent ce qu’a défini lewis sorley par le titre même de son livre « a better war ».

Peu après la fin de l’offensive du têt , Westmorland fut remplacé par le général Abrams. Ce dernier possédait un regard assez différent de son précédesseur sur la nature de la guerre et la manière dont il fallait la mener. Le concept de guerre d’attrition fut abandonné pour être remplacé par une stratégie contre insurectionnelle de pacification.  La nature des opérations militaires en fut radicalement transformée : les opérations de « search and destroy » furent abandonnées au profit d’un nouvelle tactique dont la formule était « clear and hold ». Lorsque les alliés parvenaient à chasser les forces communistes d’une zone, celle ci devait être désormais occupée de manière permanente par une garnison sud-vietnamienne, empêchant ainsi l’ennemi de s’y réinstaller. Le « body count » n’était plus l’instrument de mesure du succès des armées américaines: l’indice désormais privilégié devait être le degré de sécurisation de la population civile.

Selon Lewis sorley, cette nouvelle approche réussit remarquablement. Et dans la mesure où durant les dernières années de la guerre, les Etats unis retiraient peu à peu leurs troupes, c’était de plus en plus les sud-vietnamiens qui étaient les responsables de cette réussite.

En effet, à partir de 1968, Nixon décida de réduire progressivement l’engagement américain au vietnam. La conduite de la guerre fut en conséquence rendue aux sud-vietnamiens: après l’avoir américanisé ,on vietnamisa donc le conflit.

Parachutistes de l’ARVN , vietnam sud 1972

La vietnamisation permit un renforcement des capacités operationnelles de l’Armée de la République du Vietnam (ARVN). Les effectifs de cette armée atteignirent le million et la formation de ses soldats devint une priorité . On s’attacha à améliorer la qualité de leur équipement qui n’était jusqu’alors composé que de matériels datant de la seconde guerre mondiale. Les résultats de cette politique furent spectaculaires :au début des années 70, grâce à un quadrillage serré du pays par les soldats de l’arvn, le vietcong cessa d’être une force effective au sud vietnam, seul 10% de la population rurale demeurant sous son contrôle. Pendant leur incursion au cambodge, les sud-vietnamiens parvinrent à détériorer sérieusement la piste ho chi minh ,le système logistique du nord vietnam ; ils échouèrent cependant dans leur attaque du laos en 1971 .

Mais c’est en mars 1972 que l’ARVN fît face à son plus grand défi : cette année là, le nord vietnam lanca ,avec près de 20 divisions  virtuellement la totalité de l’Armée Populaire du Vietnam, la plus grande offensive jamais montée dans cette guerre. L’attaque nordiste fut stoppée grâce à un soutien aérien américain massif  ,  mais aussi selon douglas pike « because of stubborn, even heroic, South Vietnamese defense ». L’APV  perdit  près de 100000 morts et blessés au cours cette offensive et mit près de trois ans pour s’en remettre.  Pour lewis sorley, la  guerre du vietnam était à ce moment là gagnée : »There came a point at which the war was as good as won. […] The reason it was won was that the South Vietnamese had achieved the capacity, with promised American support, to maintain their independence and freedom of action. This was a South Vietnamese achievement. « 

Trois années plus tard, le sud tombait pourtant aux mains du nord à la suite à d’une offensive de bien moindre ampleur. Comment expliquer un tel renversement de situation?

14 Apr 1975, Xuan Loc, South Vietnam --- Refugees hang on for dear life as they attempt to board a giant Chinook helicopter as it was taking off here following a supply drop to troops fighting along Highway One, some 38 miles northeast of Saigon. --- Image by © Bettmann/CORBISs

14 Apr 1975, Xuan Loc, South Vietnam — Refugees hang on for dear life as they attempt to board a giant Chinook helicopter as it was taking off here following a supply drop to troops fighting along Highway One, some 38 miles northeast of Saigon. — Image by © Bettmann/CORBISs

La chute du regime de  saigon

Le sud vietnam fut conquis par le nord communiste en une offensive éclair de 55 jours en 1975.L’école révisionniste avance une série de facteurs qui menèrent à la chute de saigon.

Premier facteur expliquant la défaite :Les déficiences  du leadership sud-vietnamien

Un premier facteur trouve son origine auprès des sud-vietnamiens. La vietnamisation n’avait pas réglé tous les problèmes de l’ARVN car tout au long de la guerre , l’armée sud-vietnamienne fut frappé de trois maux persistants : » insufficient qualified leadership, widespread corruption, and desertions. » explique Lewis Sorley. Il semble que ces tares touchèrent avant tout les échelons supérieurs  de cette armée : »The junior South Vietnamese were good, competent and courageous, but the commanding officers were inept » explique le colonel Bui Tin de la perspective de l’APV. Le président sud-vietnam Nguyen Van Thieu lui-même constatait avec réalisme ce déficit du leadership sud-vietnamien: il confia un jour à l’Ambassador Bunker that “unfortunately we do not have many real generals who know how to command more than a division,” a category in which he modestly but accurately included himself. »

De fait , les erreurs stratégiques commises par les dirigeants sud-vietnamiens furent fatals pour la survie du Sud-Vietnam.Le président sud  vietnamien Nguyen van Thieu était prisonnier d’un serment politique: ne jamais céder ne serait-ce qu’un pouce du territoire sud vietnamien aux communistes. Conscient que l’imminence d’une  offensive nord vietnamienne imposait l’exécution d’un retrait stratégique des régions les plus exposées,  le président  refusa pourtant de se résoudre à abandonner la population civile de ces territoires. Cette politique eut un impact désastreux sur le plan militaire car elle  amena les généraux  à disperser les divisions de l’ARVN sur tout le pays, permettant ainsi aux Nord vietnamiens d’obtenir une supériorité numérique locale là où ils décidèrent de porter leur offensive de printemps en 1975.

Et lorsque l’offensive  Nord Vietnamienne fut finalement lancée en mars 1975,   le président Thieu surprit ses généraux ses généraux en se prononçant finalement pour le retrait pour tenter de regrouper les troupes. Il donna alors un ordre désastreux qui  aboutit à l’effondrement complet des défenses du Sud vietnam :l’évacuation de la région des Hauts plateaux et des régions septentrionales du pays.

Car la retraite  fut mal planifiée, mal exécutée et encore plus mal dirigée  .La défense de Danang, point de repli des troupes du Ier Corps, s’écroula en une réaction en chaîne quand les soldats surent que leurs généraux avaient fui le champ de bataille.

Pire encore, la panique s’empara des civils pris alors dans les combats et une immense colonne de réfugiés se mêla  à la troupe en retraite. Et c’est la fuite des civils ,qui n’avait pas non plus été prévue par le haut commandement, qui fit perdre toute cohésion à l’ARVN. En effet, parmi la foule des réfugiés se trouvaient les familles des soldats et ces derniers désertèrent en masse pour protéger les leurs .L’ambassadeur Buu vien a expliqué les raisons de cet exode qui poussa les troupes de l’arvn à quitter leur uniformes pour sauver leur famille:

Cependant, certaines unités sud-vietnamiennes éclairèrent ce sombre tableau figurant un écroulement général de l’ARVN en choisissant pourtant de se battre : on rapporte que de nombreux soldats avaient déclaré en 1975 qu’ils étaient prêts à combattre et déploraient amèrement de n’a pas avoir eu l’opportunité de se confronter à l’ennemi. Selon les propos d’un colonel d’artillerie certains « pleaded with tears in their eyes for a chance to fight ».

De fait dans une série d’engagements désespérés , des soldats de l’ARVN se battirent admirablement.
Dans son ouvrage « Black April: The Fall of South Vietnam, 1973-75 » George Veith explique dans tout le sud vietnam, de la montagne Mo tau à l’extrême nord jusqu’à Can tho dans le delta, les soldats affichèrent une résistance farouche dans de nombreux clashs. On estime à 100000 le nombre de pertes supportées par les armées vietnamiennes des deux camps durant la campagne finale de 1975

Selon le colonel Legro « In the An Khe/Binh Khe region the ARVN 22d Div defended strongly with great perserverence against determined and heavy NVA attacks. Outflanked,outgunned, and eventually cut off, the 22d fought its way back to the beaches and was eventually evacuated.[…]De fait,les commandants de certains régiments de la 22ème division préférèrent se suicider plutôt que d’être évacués vers saigon.In the hills south of Phu Bai, the 1st ARVN Div repelled numerous heavy two-divisional attacks and even gained some lost positions before it finally was ordered to withdraw.  In Phan Thiet […] Some of the best territorial troops in the country had put up one of the most determined and aggressive defenses of the war. .

Et c’est lors de la défense de Xuan loc , la dernière bataille majeure de la guerre, que l’ARVN écrivit une des pages les plus brillantes de son histoire. A Xuan loc les soldats de la 18ème division firent preuve d’une résistance qualifiée d’héroïque et féroce par les témoins de l’époque qu’ils aient été américains, sud vietnamiens et même nord vietnamiens : selon le colonel Nhan les troupes sud vietnamiennes subirent un bombardement de  plus de 20000 roquettes et obus et l’assaut de trois divisions mais n’en  parvinrent pas moins à détruire 37 chars et à mettre hors de combat près de 5000 soldats ennemis.

 

Et même le dernier jour de la guerre, alors que les Etats-Unis évacuaient leurs ressortissants par le toit de leur ambassade et que de nombreux haut gradés sud-vietnamiens avaient déjà  fui le pays, ils restaient encore des soldats de l’ARVN prêts à continuer le combat:

De fait on sait désormais par le récit de l’histoire officielle d’hanoi que contrairement à une idée reçue la bataille finale pour la prise de saigon ne fut pas une promenade de santé pour les armées nord vietnamiennes : »Despite the hopelessness of the situation, Mr. Veith notes, many South Vietnamese units fought off large North Vietnamese assaults on Saigon and launched effective counterattacks. According to Hanoi’s own estimates, North Vietnamese forces sustained 6,000 casualties in the war’s last days  »

Enfin, l’image finale de la guerre retenue par les médias occidentaux d’une ARVN abandonnée par ses officiers semble aujourd’hui remise en cause : lorsque que la reddition fut prononcée Le 30 avril 1975, cinq généraux, dont le général Phu se suicidèrent plutôt que de se rendre ou de fuir aux Etats Unis. Et comme indique Veith « While some younger officer deserted,most mid- and upper-level commanders stayed with their men. For example, not one Ranger-group or battalion commander deserted his men. »

 

Deuxième facteur expliquant la défaite :l’impasse géopolitique de la guerre du Vietnam

Un autre facteur expliquant la défaite du Sud-Vietnam découle des limitations géopolitiques propres à cette guerre : en s’interdisant d’intervenir directement au  nord vietnam, les Etats unis laissèrent Hanoï décider dans une certaine mesure des termes de cette guerre.

Abrités dans leur sanctuaire du nord vietnam qui ne pouvait être violé sans déclencher l’intervention directe de la République Populaire de Chine,  les troupes de l’APV déterminèrent le cours de la guerre et imposèrent le rythme de leurs offensives. Devant ces limitations , les sud-vietnamiens et les soldats américains étaient condamnés  à conserver  une position défensive. La guerre avait donc vocation  à se poursuivre jusqu’à ce qu’une des parties cesse de posséder la volonté de combattre, et à ce jeu là ce sont les américains qui perdirent patience en premier. Mais pour mettre fin à ce conflit, « in an act that still shames the United States to this day » selon Mackubin Thomas Owens ,l ‘amérique abandonna ses alliés d’asie du sud-est.

Guerre du Viet Nam, Viet Nam du Sud, 1975. Après la chute de Saïgon aux mains des forces nord-vietnamiennes, des militaires sud-vietnamiens et leurs familles cherchent désespérément à être évacués

Viet Nam du Sud, 1975. Bataille de Xuan Loc. Des civils pris dans les combats cherchent désespérément à se faire évacuer par les hélicoptères de l’arvn venu ravitailler les soldats de l’armée du sud en munitions

Troisième facteur expliquant la défaite :le non respect des engagements des Etats unis envers le Vietnam

Tout à d’abord, l’administration Nixon ,dans son désir de s’extraire au plus vite du bourbier vietnamien, força le gouvernement sud vietnamien par la signature des accords de paris en 1973 à accepter un cessez-le-feu permettant aux forces de l’APV de rester au sud. Ensuite, le congrès américa réduisit considérablement l’assistance militaire et économique dont le sud vietnam avait besoin pour sa survie. A leur pic, les dépenses americaines au vietnam se montaient à plus de 35 milliards de dollars par année. En 1975, ce montant fut divisé par 50 pour atteindre un montant de seulement 700 millions de dollars. Si cette réduction de l’aide fut en partie compensée par les importantes quantités de matériel livrées par les Etats Unis avant le cessez le feu de 1973(programme Enhance plus ), les capacités militaires de L’ARVN n’en furent pas moins directement affectées  « Artillery batteries that had previously been allocated 100 rounds per day were reduced to firing only four daily. Each ARVN soldier was restricted to only 85 bullets per month.  » indique le Colonel Legro. Même les hopitaux ne furent pas épargnés par la pénurie : » bandages, surgical dressings, syringes, and needles had to be cleaned for reuse »rapporte leGro. Les effets cet abandon furent aussi particulièrement délétère sur le  leadership sud-vietnamien car des décisions vitales pour la défense du sud-Vietnam avaient été prises dans la croyance en un maintien de l’aide américaine : Si le président Thieu commit l’erreur stratégique de disperser les divisions de l’ARVN pour tenter de protéger l’ensemble de la population du Sud-vietnam, c’est parce que le dirigeant était certain que l’Amérique pallierait à cette dispersion des troupes en envoyant ses bombardiers B52 contre tout assaut nord vietnamien. Or l’appui aérien américain ne devait jamais se matérialiser.

Car en effet, éclaboussé par le scandale du Watergate, le président nixon  ne put tenir sa promesse de répondre par la force aux violations du traité de paix de paris commises par le Nord vietnam. L’amérique se déroba à tous ses engagements et le destin du sud vietnam en fut scellé.  » South Vietnam did not fall because it was venal and corrupt; it fell because the United States abandoned it [..]  » avance Michael lind « With each passing year, this abandonment of an ally grows in the annals of america’s shame » ;  Le colonel LeGro , en tant qu’attaché à la défense américaine à saigon  fut un témoin direct  de ces évènements « The reduction to almost zero of United States support was the cause » of the final collapse, »We did a terrible thing to the South Vietnamese. »

30 avril 1975, le jour de la fin de la guerre. Un char nord vietnamien T54 pénètre dans l’enceinte du palais de l’indépendance, résidence des chefs d’états sudvietnamiens

Quatrième facteur expliquant la défaite : la montée en puissance des armées du Nord Vietnam

Abandonné, le sud vietnam fut une proie facile pour les armées du Nord Vietnam, au fait de leur puissance en 1975 . Le différentiel fut très fort entre une armée Sud-Vietnam s’affaiblissant de jour en jour face au tarissement de l’aide américaine face au renforcement sans précédent des capacités de L’Armée Populaire du Vietnam.Le General Van Tien Dung, commandant en chef de l’APV  déclara peu avant l’offensive finale: « The war had moved into its final stage. The balance of forces had changed. We had grown stronger while the enemy had weakened. » De fait dans les dernières années de la guerre le nord continua à recevoir des quantités importantes de matériel de la part de ses alliés soviétiques et chinois. Ainsi le Col Legro avance que « During 1973, North Vietnam had received 2.8 million metric tons of goods  from communist-bloc countries, a 50 percent increase over the previous year. In 1974 that total increased to 3.5 million metric tons. Ceci amena l’historien Lewis Sorley a avancé  que”Many Americans would not like to hear that the totalitarian states of China and the Soviet Union had proven to be better and more faithful allies than the democratic United States, but that was in fact the case “.Par ces livraisons d’équipements, l’APV pour l’offensive finale de 1975 parviendra à obtenir une nette supériorité matérielle sur le champ de bataille :  » the North Vietnamese fielded a 22 division force compared to the South Vietnamese 13 division force. Additionally, the North Vietnamese deployed more than 700 tanks and 400 medium artillery pieces to South Vietnam. For the first time in the war, the North Vietnamese had significant firepower and mobility advantages over the South Vietnamese. » rapporte le major Gregory Heritage.

Si le sud-vietnam tomba en 55 jours c’est aussi parce que l’APV sut développer une maîtrise exceptionnelle des outils de la guerre conventionnelle. Le sud fut conquis non pas par une opération de guérilla populaire mais par une offensive conventionnelle inspirée du meilleur de la pensée militaire russe, l’art opératif soviétique : ce sont des manoeuvres qui combinèrent  opérations de diversion , d’enveloppement, puis de destruction de l’ennemi, menées  par de puissantes colonnes de blindés appuyées par le formidable réseau logistique de la piste Ho Chi Minh,transformée en une autoroute complétée de pipelines, qui permirent cette victoire éclair de Hanoi. Foudroyés par une succession d’offensives parfaitement coordonnées, les sud vietnamiens ne purent jamais reprendre leur souffle et l’initiative face au rouleau compresseur Nord vietnamien . »The communist leadership, after thirty years of war, demonstrated exceptional operational abilities. » en a conclut le major Heritage.  Ainsi que l’a résumé le colonel Stuart , »The North vietnamese was a far deadlier enemy in 1975 than ever before. »

conclusion

Que la guerre ait été gagnée militairement mais perdue à cause des politiciens est un poncif qui a été toujours en vogue au sein de l’aile droite de l’échiquier politique américain. Les historiens révisionnistes se sont faits les porteurs de cette thèse tout en renouvelant ses arguments : critiques sur l’action militaire américaine des premières années de la guerre, ils défendent néanmoins l’idée qu’une « better war » selon l’expression de lewis sorley ait été victorieusement menée après 1968.

Les historiens orthodoxes ont accrédité dans une certaine mesure la validité cette position historiographique. John prados, historien orthodoxe auteur de « Vietnam : History of an Unwinnable War » , a en effet confirmé certains éléments de la « better war » de Lewis sorley :  » U.S. and South Vietnamese forces made great progress on pacification during the stewardship of field commander General Creighton V. Abrams. « concède t-il.Pour autant, cet auteur n’en limite pas moins la portée des succès d’Abrams « Exploring the data in more detail, however, [Prados]finds, on the one hand, that the pacification statistics were exaggerated […]while on the other, the village war had ceased to be the center of gravity of combat in Vietnam « .

Dans »Beware the revisionnist », le sénateur John Kerry, vétéran puis opposant de la guerre du Vietnam, a aussi reconnu que l’us army « adopted smarter tactics near the end », mais sans doute trop tard car » by then the die was cast. »

Ici encore, les théories révisionnistes et orthodoxes ,malgré la validation réciproque de certains apports historiographiques entre les deux écoles, semblent encore difficilement réconciliables.

La guerre du vietnam l’éternel retour?

Refaire la guerre du vietnam est devenu une veritable quête au sein de la communauté américaine des historiens et la querelle  en cours entre les écoles orthodoxes et révisionnistes n’est pas près de s’achever. Les orthodoxes continuent à adhérer à la doctrine traditionnelle de la guerre du Vietnam tandis que les révisionnistes tentent toujours de concevoir une histoire alternative à la perception dominante.

Débattre de la justesse de la guerre équivaut souvent à  se prononcer sur  sa moralité : pour les orthodoxes ,le massacre de my lai, la petite kim phuc courant nue brulée par le napalm, les 7 millions de tonnes de tombes déversées sur le vietnam ont fait de cette guerre américaine un enfer pavé de bonnes intentions. On avait mené au nom de la liberté une guerre impériale contre une guerilla qu’on croyait communiste mais qui était avant tout mue par un nationalisme féroce. « Yet we were wrong, terribly wrong. We owe it to future generations to explain why »sont les mots de celui qui fut l’artisan de la politique américaine au vietnam , Robert Mc manara .

L’école révisionniste, sans diminuer l’importance des fautes morales commises par l’amérique au vietnam , offre un regard alternatif  sur l’éthique de la guerre.Car c’est au prix d’un abandon de leurs alliés , un acte désormais  inscrit dans « les annales de la honte de l’amérique » ,que les Etats unis se sont extraits du bourbier vietnamien . « Perhaps the major lesson of the Vietnam war is : do not rely on the United States as an ally » a suggeré Sir Robert Thompson, ex responsable de la British Advisory Mission to Vietnam (BRIAM).

02 Apr 1975, Nha Trang, South Vietnam --- An American official punches a man in the face trying to break him from the doorway of an airplane already overloaded with refugees seeking to flee Nha Trang. --- Image by © Bettmann/CORBIS

<

« Peace with Honor » avait déclaré le président nixon lors de la signature des accords de paris qui entérinèrent le retrait des américains au Vietnam. Les deux millions de victimes du génocide cambodgien, l’emprisonement massif des sud-vietnamiens dans les  camps de rééducation , l’exode des boat people, tous ces évènements qui suivirent la prise de pouvoir des communistes après le départ des américains indiquent que la paix au Vietnam n’a pas vraiment été réalisée dans des conditions à mettre à l’honneur des Etats Unis. »

Pour les révisionnistes, si l’amérique devait faire cette guerre, c’est au nom de ses engagements envers les sud-vietnamiens.  » A reporter once remarked that General Abrams was a man who deserved a better war. » raconte sorley  » I quoted that observation to his eldest son, who immediately responded: « He didn’t see it that way. He thought the Vietnamese were worth it. »

Chacune des parties de ce débat conservent leur crédibilité. Si on peut affirmer que le consensus orthodoxe a resisté jusqu’à maintenant aux assauts du  temps, l’école révisionniste n’en a pas moins ouvert certaines brèches dans la doctrine traditionnelle qui assurément feront progresser la compréhension que l’on peut avoir du conflit vietnamien.

Afghanistan , vallée du Korengal

Afghanistan , vallée du Korengal

En ce qui concerne le conflit afghan, le président Obama a finalement ordonné l’envoi de 30000 hommes supplémentaires en 2010. On ne sait pas quelle fut l’influence réelle de l’historiographie du vietnam sur le président américain. Mais la stratégie  de contre insurrection que ce dernier entend mettre en oeuvre en afghanistan possède des similitudes avérées avec la « better war » de Creighton abrams. On pourrait interpréter cela comme une validation des thèses de Lewis  Sorley. A moins que cette escalade ne représente les prémices d’un nouveau désastre.

pour en savoir plus

Behind Afghan War Debate, a Battle of Two Books Rages , wall street journal

Beware the Revisionists,John Kerry Newsweek

Mark Moyar. Triumph Forsaken: The Vietnam War, 1954-1965. New York: Cambridge University Press, August 2006

John Prados. Vietnam: The History of an Unwinnable War, 1945-1975. Lawrence, Kansas: University of Kansas Press, April 2009

The Vietnam War:Winnable After All, Mackubin T. Owens

Lessons in Disaster ,GORDON M. GOLDSTEIN

Un slideshow sur les images de la chute de saigon et la fin de la guerre du vietnam, le 30 avril 1975

http://www.flickr.com/photos/13476480@N07/sets/72157621997665628/show/

14 Apr 1975, Near Houng Loc, South Vietnam --- Houng Loc, South Vietnam: Crippled boy pushes his wheelchair along Highway One, April 14, 1975, near Houng Loc, 28 miles north of Saigon. Refugees flee down this road daily hoping to reach safety in Saigon. --- Image by © Bettmann/CORBIS

14 Apr 1975, Near Houng Loc, South Vietnam — Houng Loc, South Vietnam: Crippled boy pushes his wheelchair along Highway One, April 14, 1975, near Houng Loc, 28 miles north of Saigon. Refugees flee down this road daily hoping to reach safety in Saigon. — Image by © Bettmann/CORBI

Note 1

La vietnamisation de l’historiographie a été rendue possible par l’exploitation de sources en langue vietnamienne jusqu’alors négligées, les archives de la République du Vietnam (c’est à dire le régime du sud vietnam) et un changement de méthodologie sur l’analyse des sources venant du Nord Vietnam. Il y eu déjà dans les années 60 et 70 de nombreux travaux cherchant à donner une perspective vietnamienne à l’étude de la guerre. Cependant ces recherches souffraient d’un biais majeur : « The Vietnam-centered scholarship of the mid 1960s and 1970s was often synonymous with Hanoi-centered history » indique Tuong dans’Vu The Vietnam War as a Vietnamese War: Agency and Society in the Study of the Second Indochina War  » Even the inclusion of Vietnamese-language sources was highly partisan: sources from the DRV were often uncritically accepted while sources from the American government or the U.S.-backed Republic of Vietnam (RVN) were rejected ». Cet ostracisme méthodologique eut un effet paradoxal ,lorsque qu’elle présente le point vue vietnamien, l’historiographie américaine présente parfois une ressemblance frappante avec l’historiographie d’Etat hanoienne : » both Vietnamese and American scholars portrayed the conflict as one between a powerful, coercive United States and a small but virtuous DRV, or alternatively, the southern insurgency » indique Tuong vu. La nouvelle recherche pose désormais une analyse plus critique des sources hanoiennes et mène de nouveaux travaux de recherche sur le terrain au Vietnam même donnant sans doute une perspective plus objective qu’auparavant du Nord Vietnam. Quant à l’analyse nouvelle du rôle de la partie sud vietnamienne de cette guerre,notamment l’évaluation de ses gouvernants et réalisations militaires, elle est occupe désormais une place de choix  au centre de la controverse orthodoxe /révisionniste

Enfin on pourrait aussi mentionner qu’en parallèle de cette vietnamisation de l’historiographie du vietnam, se produit actuellement une « internationalisation » de l’étude du conflit vietnamien. Il s’agit d’exploiter les archives existantes sur ce conflit en provenance des pays tiers ayant été impliqués indirectement dans la guerre du vietnam tels que l’URSS, la chine populaire, pour restituer pleinement le contexte international dans lequel se déroulait cette guerre, le contexte de la guerre froide.

Il convient d’ajouter une précision à cette description des courants: les historiens internationalistes et « vietnamistes » n’essaient pas obligatoirement de prendre position dans la controverse orthodoxe/révisionniste mais n’en remettent pas néanmoins en cause la vision préconçue du Vietnam qui prévalait jusqu’alors

 

Cet article avait été initialement diffusé sur le site saigonciné

2 thoughts on “Histoire de la Guerre du Vietnam: la bataille des mémoires”

  1. giogioausoleil says:

    Bonjour, très bel article, je souhaiterai savoir s’il est néanmoins possible d’obtenir la bibliographie de ce travail ?

    1. admin says:

      Merci pour votre aimable commentaire. Quelques références:

      The Vietnam War as a Vietnamese War: Agency and Society in the Study of the Second Indochina War

      https://docs.google.com/viewer?a=v&pid=sites&srcid=ZGVmYXVsdGRvbWFpbnxtYWRkdXg0OTh8Z3g6MTRhOTUwYTUwYTVjOWZmZA

      Mark Moyar. Triumph Forsaken: The Vietnam War, 1954-1965. New York: Cambridge University Press, August 2006

      John Prados. Vietnam: The History of an Unwinnable War, 1945-1975. Lawrence, Kansas: University of Kansas Press, April 2009

      Vietnam from Cease-Fire to Capitulation by William E. Le Gro
      https://www.google.fr/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=3&cad=rja&uact=8&ved=0ahUKEwjm0ZHooM3UAhVI0hoKHSCkDbYQFgg1MAI&url=http%3A%2F%2Fwww.history.army.mil%2Fhtml%2Fbooks%2F090%2F90-29%2FCMH_Pub_90-29.pdf&usg=AFQjCNGUGIJzyS2HFzBx52NyTSmCnzf6hA&sig2=7-cf-pNzDCXDf4psCLCa8Q

      Black April: The Fall of South Vietnam, 1973-75 P
      by George J Veith

Laisser un commentaire