Le catcheur et la Corée du Nord

Antonio Inoki : le catcheur « ambassadeur »

En 2014, le basketteur américain Dennis Rodman, star de la N.B.A, 5 fois champion avec les Pistons de Détroit et les Bulls de Chicago secouait la planète médiatique en se rendant en visite en Corée du Nord. Scandale, polémique. Et pourtant au Japon un autre sportif défraye depuis les années 1980 la chronique par ses incessants voyages en Corée du Nord : Antonio Inoki. Né en 1943 c’est d’abord un physique reconnaissable entre tous : une mâchoire carrée digne de Requin dans James Bond, 1m 82 et 102 kilos de muscle. Le tout associé à un don pour le sport (athlétisme, lutte) et surtout les combats libres prototype du futur M.M.A. C’est en tant que catcheur qu’il devient une star nationale (il tourne des dizaines de publicités) et internationale surtout. Il combat sur tous les continents. En 1976, par exemple il défie le lutteur pakistanais Akram Pahalwan sur ses terres à qui il brise l’épaule, puis en 1979 Jhara Pahalwan-le neveu- (à la fin de la rencontre serrée, Inoki ira lever le bras gauche de son adversaire, lui accordant une victoire et gagnant le cœur du public pakistanais). Son combat le plus mémorable se tint le 26 juin 1976 à Tokyo contre Mohammed Ali, un match précurseur du M.M.A en beaucoup moins violent qui s’acheva sur un match nul. En 1995, il organise en Corée du Nord un spectacle de lutte professionnelle réunissant des combattants japonais, canadiens, américains dont le champion Ric Flair. 190 000 personnes y assistent à Pyongyang.

Quand en novembre 2013 il se rend en Corée du Nord, c’est son 27ème voyage. Mais celui-ci passe mal. En effet, précédemment en 1995 lors du célèbre tournoi de lutte, il s’y était rendu en tant que catcheur ou ex-catcheur. Or en 2013 cela fait un an qu’il a été élu à la chambre haute du parlement qui a interdit tout contact avec le gouvernement de Pyongyang. Officiellement le député a été sanctionné : une suspension de 30 jours. Officieusement les parlementaires ne voient pas d’un si mauvais œil ce cavalier seul de cet atypique politicien qui a déjà rendu service lors de la crise du Golfe et qui pourrait peut-être faire avancer les épineux contentieux avec les Nord-Coréens, notamment la question des citoyens japonais enlevés.

Il y a entre Inoki et la Corée du Nord des liens étonnants. D’abord celui tissé par le professeur d’Inoki, Rikidozan, le plus célèbre catcheur japonais (avec son élève), né dans la province de Hamgyong du Sud dans l’actuel Corée du Nord, adopté par un fermier japonais avant de devenir sumotori puis catcheur. C’est lui qui repéra Inoki et l’incita à devenir lutteur. Ensuite ceux créés par ses relations personnelles. Inoki était proche de Jang Son Taek, oncle du futur leader Kim Jong Un. Il y a enfin son « don » pour dialoguer avec les dictateurs, que ce soit Saddam Hussein, Kim Jong Il ou Castro.  En 1990, en pleine guerre du Golfe et crise des otages, les négociations entre le ministère des affaires étrangères japonais et les Irakiens piétinants, il fut décidé d’utiliser le populaire catcheur, élu député, comme intermédiaire officieux. Inoki se rendit trois fois en Irak entre septembre et décembre, utilisant son sens de l’image pour se mettre en scène au côté d’Uday Hussein, fils aîné de Saddam Hussein, pour aller prier dans la mosquée de Karbala (premier fois qu’un diplomate japonais entrait dans ce lieu saint). Ce qui lui impliqua de se convertir. Son action aux côtés des autres diplomates permit d’obtenir la libération des femmes et des enfants.

Au delà des effets médiatiques, qu’apportent ces visites récurrentes ? Pour les Coréens, l’affaire ressemble à du spectacle même si comme le dit le principal intéressé « il peut faire des choses que le gouvernement japonais ne peut pas faire et je ne veux pas interférer avec le gouvernement japonais ». Résultat, Inoki a refusé d’intégrer les équipes tentant de négocier officiellement sur la question des enlèvements de civils japonais par la Corée du Nord. Et si les récentes purges au sommet de l’Etat nord-coréen ont fait disparaître Jang Son Taek, cela ne le dissuade pas de continuer ses étranges voyages comme le prouve sa venue le 9 septembre 2018 à Pyongyang afin de participer aux célébrations des 70 ans de la fondation de la république de Corée du Nord et ses déclarations incitant à plus de rapprochement entre les deux pays.

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