les pilotes russes de la guerre de Corée

Lorsque Kim Il Sung déclenche son attaque sur le Sud en 1950, Staline l’a prévenu : si vous vous faites écrasé je ne bougerai pas le petit doigt. Fanfaronnade du chef du Kremlin qui joue en Corée une partie à plusieurs bandes dont il a le secret. Si le Nord gagne, il s’interposera pour apporter la fin des hostilités dans la péninsule ; si le Nord échoue, il compte sur la Chine pour lui venir en aide et assurer définitivement son attachement au bloc de l’Est. Dans les deux cas il n’apparaîtra aux yeux du monde comme l’agresseur. Mais voilà que l’optimisme de Kim Il Sung est douché devant la résistance de la poche du Busan au Sud de la Corée et que la maneoeuvre d’Incheon ruine tout son plan de conquête. Le Nord recule jusqu’aux confins du fleuve Yalu écrasé par les forces onusiennes et coréennes appuyées par l’aviation des Etats-Unis. C’est au moment où la guerre bascule dans un affrontement régional avec l’intervention de la Chine qu’un des plus grands secrets du conflit a eu lieu : la participation des forces armées soviétiques.

les as russes de la guerre de Corée

les as russes de la guerre de Corée

L’URSS pendant la première année du conflit s’était contentée de livrer des armements à ses alliés, tanks, canons, armes légères  et surtout l’excellent chasseur Mig 15 le meilleur du monde. Staline a aussi assuré Pékin que son aviation couvrirait le Nord de la Chine en cas de bombardements américains (réclamés par Mac Arthur mais qui seront toujours rejetés par je président Truman). Cependant au printemps 1951, la situation change et Moscou accepte d’envoyer en Chine du Nord des pilotes russes pour protéger le Nord de la Corée en formant « l’allée des Mig » et déploie plusieurs unités anti-aériennes. En effet malgré la qualité du matériel fourni, les pilotes chinois et nord-coréennes sont surclassés par les pilotes onusiens. C’est pendant ce conflit qu’a lieu un exploit unique : un avion à hélice des forces de l’ONU abat un avion à réaction ennemi. Pour Moscou il  faut réagir pour ne pas risquer de voir ses alliés fléchir, être écrasés voir rechercher une paix rapide. Car plus le conflit s’enlise plus l’URSS peut agir à sa guise en Europe. Staline envoie d’excellents pilotes (le 64 è corps aérien basé en Mandchourie) mais afin de cacher son engagement les oblige à porter des uniformes chinois ou nord-coréens, à voler sur des avions avec des inscriptions en chinois ou en coréen et les contraint à ne porter aucun objet les rattachant à leur origine russe. Précaution supplémentaire les pilotes portaient avec une eux une liste de mots coréens à prononcer à la radio.

Pour les forces de l’ONU qui régnait en maître sur le ciel coréenne, l’arrivée de ces experts est une très désagréable surprise.  Si les soviétiques perdent 315 appareils et 120 pilotes pendant toute la durée de leur engagemet,  les pertes côté onusien sont énormes. Deux exemples :

  • le « jeudi noir » 12 avril 1951. 36 B29 escortés par une centaine de chasseurs américains sont assaillis par une trentaine de Mig 15. 12 bombardiers sont abattus, 3 s’écrasent, 7 sont endommagés sans aucune perte du côté russe. Pendant 3 mois les raids de bombardement sont arrêtés.
  • si l’on regarde le « tableau de chasse » des pilotes russes réclamant au moins 5 victoires (une soixantaine de pilotes), le total dépasse les 500 adversaires abattus. 2 Pilotes dépassent les 20 victoires, un quinzaine les 15 victoires. Si l’on regarde leurs adversaires américains, 11 pilotes ont eu 10 victoires ou plus (maximum 16). L’écart est important et l’est encore plus si l’on se rappelle que les russes affrontaient les pilotes occidentaux alors que les Américains ont eu affaire massivement aux pilotes nord-coréens et chinois moins bien entraînés.

La force aérienne russe mena dans le ciel 60 000 sorties, livra plus de 1800 combats et abattit 1100 avions onusiens plus une centaine d’autres détruits par la DCA.

Mig 15 à l'entretien

Mig 15 à l’entretien

L’explication de ces succès tient en 3 clés. Excellence du Mig 15, qualité des pilotes russes et leur forte agressivité aiguillonnée par la politique stalinienne de la médaille qui les amène à prendre beaucoup de risques. Les Américains en tireront la conclusion qu’il leur faut non seulement améliorer leur chasseur (la course aux armements) et mieux former leur pilote…

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