Liu Qibing, Chen Jiuling : faites sauter la banque

Le socialisme de marché à l’épreuve du  capitalisme 2.0 

Ils n’ont pas été aussi médiatisés que leurs deux homologues européens Nick Leeson et Jérôme Kerviel. Pourtant Liu Qibling  et Chen Jiuling méritent  de figurer au panthéon des pires traders de l’histoire. Deux jeunes capitalistes au pays de Mao qui ont provoqué, l’un 1 milliard de dollars de pertes, l’autre 550 millions. Voyage au pays du capitalisme rouge.

Liu Qibing a 36 ans en 2005 et négocie des contrats à terme sur le marché du cuivre pour le bureau d’état de la réserve souveraine situé à Shanghai. Membre du parti communiste c’est un petit trader qui rêve d’attirer l’attention sur lui.  Ses premières transactions ont fait gagner 300 millions de dollars à l’Etat, de quoi lui accorder le respect de ses collègues, de ses supérieurs et l’envie de viser plus haut . L’occasion se présente bientôt. En effet la Chine a désespérément besoin de cuivre pour soutenir son industrie de transports et ses programmes de télécommunication. Or le métal, tout le monde en veut et les prix flambent. Ce qui peut annoncer une baisse future ? C’est ce que Liu croit d’autant qu’il est persuadé que l’Etat envisage une remontée des taux d’intérêt, signe avant-coureur d’un ralentissement de la croissance et donc d’une baisse des achats de cuivre.  Il va parier des sommes folles sur sa prédiction : la tonne baissera de 20 % d’ici la fin de l’année pour se stabiliser autour de 3300 dollars.  Cette croyance peut se transformer en aubaine pour qui sera capable de miser gros. Un outil existe : la vente à découvert et le contrat à terme. Le principe: fournir un produit (ici le cuivre) dans un avenir proche (quelques mois) en misant sur une évolution à la baisse de son prix. L’idée étant de l’acheter au moment où le prix est bas (au moment de la livraison) mais de le vendre à un prix plus haut (fixé le jour de la signature du contrat). Des gains potentiellement énormes mais des pertes exponentielles également. Le courtier décide d’acheter à découvert plusieurs centaines de milliers de tonnes de cuivre (entre 100 000 et 600 000 tonnes) pour 1 milliard de dollars. Vente à découvert, effet de levier, une mécanique aux conséquences potentiellement désastreuses (pertes colossales si l’actif baisse fortement). Pour provoquer le destin, Liu a tenté de piéger le marché, achetant du cuivre, le revendant ensuite pour inciter les prix à baisser.  Pour cet apprenti sorcier le tout est de garder ses nerfs et de voir les dieux de l’économie lui sourire.

Mais ses prédiction se sont révélées fausses car déconnectées de la réalité du marché. Au lieu de baisser le prix du cuivre augmente. En août 2005 devant la faillite de son pari, Liu choisit la fuite en avant : miser encore plus pour espérer à termes un gain record en doublant ses prises de position. Il s’agit surtout d’éponger ses premières dettes d’éviter  d’être découvert et d’attirer l’attention des autres investisseurs.  Le prix du cuivre augmente encore d’août à novembre 2005 de 12 %, les pertes deviennent dès lors impossibles à cacher. A 4500 dollars la tonne, les positions deviennent intenables et l’information fuite rapidement sur les marchés. 1 milliard de dollars, voilà le montant de la facture pour la Chine qui doit en ouvre vendre du cuivre pour essayer de ralentir la hausse. Pour Liu, en fuite un an dans le Yunnan, la sanction n’a pas tardé : 7 ans de prison. 

Une affaire qui n’est pas isolée car quelques mois plus tôt un autre jeune génie de la finance, Chen Jiuling avait lui aussi spéculé sur une baisse du pétrole et monté une vente à découvert de carburant d’avions. Mauvaise prédiction, 550 millions de dollars de pertes, encaissées par de nombreuses sociétés dont la China Aviation Oil contrainte de vendre 20 % de son capital pour éponger l’affaire. 
Même en Chine, les mécaniques de contrôle ont failli…

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