Coming Home de Zhang Yimou

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Quelle grosse déception que ce retour aux affaires de Zhang Yimou, après 8 ans d’absence et son déjà tiède « La Cité Interdite » qui frisait l’indigence mais se rattrapait par une belle mise en scène et son sens de l’intrigue. Trop timide pour donner de l’ampleur à son mélo, il rate également le coche de la fresque Révolutionnaire qu’aurait pu être le fil conducteur du récit. Alternant l’histoire mémorielle de ses protagonistes et les soubresauts de la Révolution Culturelle Chinoise, il ne raccorde à aucun moment ces deux événements ou alors dans une tentative plus que maladroite qui alourdit le film plus qu’il ne le sert. Il y avait pourtant matière à les entremêler, La Propagande Communiste de l’époque ayant séparé bon nombres de familles pour mieux les assujettir aux discours officiels du Grand Timonier et les culpabiliser. Le prologue, assez bien tenu, est à ce titre assez évocateur des discordes caractérisant les tenants de cette ligne aux opposants au régime, prisonniers politiques écartés du pays pour cause de trouble à l’ordre public.

Le déchirement familial est d’autant plus sensible qu’il est orchestré en sous main par des officiels insidieusement présent dans la vie privée. Choisir la voix de la raison s’apparente à un pragmatisme forcé tandis que dévier du bon chemin revient à trahir sa patrie, et l’antagonisme mère/fille qui en découle est l’illustration de cette scission. La subtilité qui voit la jeune enfant embrigadée par sa passion pour la danse, officine artistique de soumission, frappe par sa chorégraphie militaire millimétrée et ses chants nationaux à la gloire de L’Oracle. Elle renvoie sa génitrice à un passé pas si révolu ou son amour inconditionnel pour un dissident lui vaudra un internement douloureux. Pourquoi alors ne pas avoir conservée une si belle base et s’être obstiné à vouloir dramatiser à outrance les retrouvailles des valeureux éconduits? A trop jouer sur l’émotion de la reconstruction, métaphore à peine voilée sur l’identité en friche de l’après soulèvement, le scénario ne sait jamais sur quel pied danser. Il n’était pas nécessaire de jouer sur la perte de mémoire de l’héroïne pour signifier l’obscurité philosophique des années de plomb. Et certains raccourcis troublent notre compréhension. Ainsi qu’en est t’il de ce soudain revirement de position envers son père pour l’ancienne contestataire? On devine, ici et la, une soudaine prise de conscience qui la bouleverse mais l’explication demeure assez faible. De même, rien ou presque ne nous est raconté de l’oppression contextuelle qui divisera les Maoïstes aux nationalistes, principale cause de la très longue séparation de ce couple.

Il reste pourtant une belle idée, celle de faire travailler la conscience et les souvenirs de l’amnésique par la lecture régulières d’anciennes lettres que lui envoyait son mari. Libérer la mémoire par la parole, c’est conserver les vestiges d’un temps heureux propice à la joie de vivre et à la complicité. Cela donne lieux aux plus belles séquences, car Yimou prend le temps de raviver les sentiments communs et sait accompagner le spectateur dans la vérité de ses personnages. Les visages radieux et l’épanouissement soudain font espérer un basculement définitif dans la plus pure tradition du genre. Mains qui se frôlent et regards langoureux au service d’une émotion brute ravivent l’espoir d’une belle réussite. Hélas, le feu de paille s’éteint trop vite pour laisser place à un éternel recommencement. Dommage que ces instants soient entourés et prolongés par une musique sirupeuse et par une propension un peu facile à sortir les lacrymales dès lors qu’il s’agit de nous toucher.

Tout n’est donc pas à jeter et les acteurs sauvent en grande partie ces manquements. Gong Li, élégante femme fissurée par tant d’amertume et de regrets, tient une partition sobre et capte la lumière malgré un rôle ingrat et ses passages obligés. L’interprète masculin prête sa finesse d’esprit à l’homme ravagée par sa solitude et la jeune actrice passe sans trop d’encombres sa première expérience au cinéma. La réalisation, si elle n’a rien d’exceptionnelle, se met sans trop de difficultés à la mesure de la narration et cadre efficacement l’infiltration et le champ d’action de ses poursuivants.

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