Rage de Sang Il Lee

Sang Il Lee réalisateur nippo-coréen n’est pas encore le plus connu des cinéastes japonais mais son style et ses thématiques ont déjà fait mouche. Son incroyable Unforgiven, remake d’Impitoyable de Clint Eastwood réussissait son pari fou d’adapter un chef d’oeuvre de westen crépusculaire. En 2017 sort sur les écrans Rage, un thriller prodigieux qui va plonger dans la psyché du Japon et révéler les faces cachées de la société japonaise.

Rage début par une scène choc. Le double meurtre particulièrement sanglant d’un couple à Tokyo. La scène de crime particulièrement violente laisse pourtant un indice important aux enquêteurs : les empreintes du tueur. Une chasse à l’homme se déclenche dans tout l’archipel. Mais le suspect a probablement eu recours à la chirurgie esthétique pour changer de visage. Caché dans la masse il pourrait être n’importe. C’est dans cet univers paranoïaque que le film va suivre 3 histoires dans 3 lieux différents Dans un village de pêcheur un père ramène sa fille, instable, partie se prostituer à Toyko et est inquiet par son idylle naissante avec un jeune homme fraîchement arrivé en ville. A Okinawa, une adolescente rencontre sur un îlot perdu un ermite et se lie d’amitié avec lui. Mais les habitants dont un jeune garçon transi d’amour se questionnent sur cet inconnu atypique. A Tokyo, un salary man gay « force » un jeune homme avant d’entamer une relation amoureuse. Mais l’amant disparaît soudain nourrissant la suspicion. 

Rage réussit un tour de force. Etre un drame social, une plongée dans l’âme du Japon tout en maintenant le suspens lié à son intrigue de départ. Car du début jusqu’à la fin, une question anime les personnages, les spectateur : qui est le mystérieux assassin ? Intelligemment le scénario distille des éléments de doute sur l’identité du meurtrier. Serait-il l’un des trois suspects ? Le film aussi interroge aussi longuement la dimension paranoïaque de l’histoire. Comment le doute arrive-t-il à s’immiscer dans l’esprit d’honnêtes citoyens ? Et Sang Il Lee pointe du doigt la mécanique du mensonge, de la cachotterie qui sème dans les cerveaux le poison de la suspicion. Et la révélation finale est un choc, une sacrée surprise.

Pourtant l’objet du film est autre. Il s’agit en effet de parler des relations humaines, de la part de rage qui l’habite : celle des pulsions sexuelles, celle du dépit amoureux, celle de la culpabilité, celle de la honte. Et il le fait sans concession que ce soit la violence de la scène de sexe dans le sauna gay, la terrible scène d’Okinawa ou  la détresse du père. Le film aussi se sert de cette intrigue pour parler de sujets tabous encore aujourd’hui au Japon : la communauté gay, la prostitution des mineures et la présence américaine à Okinawa.  Et il le fait avec une précisions clinique, un réalisme froid découvrant dans le cas de la prostitution ou de la communauté gay tout le poids du non-dit, de l’hypocrisie sociale. Chaque histoire apporte alors son coupable possible mais surtout dresse un tableau sombre d’un Japon de l’envers propice à la suspicion, aux basses, aux trahisons, aux explosions de violence. A ce titre, c’est à partir du segment d’Okinawa que le film accélère proposant un déferlement de rage qui traverse les trois histoires : rage du doute, rage de l’abandon, rage de la lâcheté. 

Les ambitions narratives du film pourraient perdre le public. Or la mise en scène est à nouveau extrêmement maîtrisée alternant les plans magnifiques sur Okinawa, le soleil oppressant de Tokyo, l’ombre et la lumière du monde gay et la face sombre de chacun de ses univers (la nuit et le vide à Okinawa). Graphiquement les scènes de violence sont très fortes, dignes de Tarantino offrant au film des ruptures de tons prodigieux. Il faut aussi souligner l’excellente prestation des acteurs : Ken Watanabe, Aoi Miyazaki, Satoshi Tsumabuki…. Une distribution prestigieuse qui parvient à incarner la dimension paranoïaque du film : qui est le tueur ? qui doute de l’autre ? ; sans oublier les émotions intenses traversant le film : celle du père, du jeune garçon à Okinawa, du salary man

Rage ou le film coup de poing de 2017. Difficile de passer à côté de ce thriller-drame social qui passe la société japonaise au révélateur de ses pulsions.


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