Tian’anmen et sa répression : première partie les origines

La divulgation récente d’un télégramme secret de l’ambassadeur de Grande Bretagne a ravivé la mémoire d’un événement particulier, celle du printemps de Pékin, très connu en Occident mais largement ignoré par les jeunes générations en Chine. Tian’ Anmen ? connais pas vous répondrait certainement un jeune chinois autant par ignorance que par peur. L’un des grands « mystères » concernait le bilan : autour de 250 selon les autorités, 10 000 assuraient les soviétiques présents sur place. Un autre concerne l’ampleur ds combats. Il est nécessaire de revenir sur ces « 55 jours de Pékin », une longue crise politique qui déboucha sur un mouvement étudiant, ouvrier qui toucha une dizaine de villes dans toute la Chine.

Mouvements Tibétains

Ce n’est à un hasard si les premiers soubresauts de la contestation commencent au Tibet, province occupée depuis 1951 et qui a subi notamment pendant la Révolution Culturelle une féroce répression et d’importantes destructions culturelles.

Depuis le 27 septembre 1987 la province du Tibet est agitée par des troubles. Les causes sont nombreuses. D’abord internes aux Tibet : propagande chinoise, répressions des opposants, internationalisation de la cause tibétaine et aussi paradoxalement l’assouplissement de la politique chinoise autorisant par exemple en 1986 la Fête de la Grande Prière qui fait craindre aux indépendantistes une normalisation entre Pékin et les élites tibétaines. Ensuite  externes avec en 1987 l’éviction du réformateur chinois Hu Yaobang. Il en résulte une première phase de manifestations violemment réprimées par les forces de sécurité. En 1989 la situation toujours fragile va empirer et déboucher sur la vague de violence la plus importante depuis la Révolution Culturelle. Le 28 janvier 1989, quelques jours après un discours historique critique envers la politique chinoise où il constate que le progrès apporté au Tibet par la Chine ne saurait compenser la somme de destructions et de souffrance infligée au peuple tibétain  et où il affirme sa loyauté envers le 14ème Dalaï Lama, le 10ème panchen-lama décède d’une crise cardiaque à Shigatse, à l’âge de 50 ans.  Des soupçons jamais confirmés d’empoisonnement circulent au Tibet. Au même moment, Hu Jintao arriva à Lhassa en janvier 1989, suite à sa nomination de Secrétaire de la Région “autonome” du Tibet. Cet ambitieux personnage, futur président de la Chine, joue sa carrière future.

Le panchen-lama (à gauche) et Hu Jintao à sa gauche

Le panchen-lama (à gauche) et Hu Jintao à sa gauche

Or du 5 au 7 mars des manifestations secouent Lhassa commémorant le départ en exil du dalaï-lama.  A Partir du 8 les troupes entrent dans la ville. La répression en particulier dans le quartier tibétain est féroce  et le bilan de la reprise en main est encore vague. 500 morts au minimum plusieurs milliers de blessés et 3000 emprisonnements. Une sanglante répétition des événements à venir lors du printemps de Pékin.

Mort d’un réformateur.

L’histoire chinoise dresse parfois des parallèles étonnants. A 13 ans d’intervalles, deux décès ont provoqué un émoi qui non seulement ébranla le régime mais déboucha sur une contestation. La première de ces disparations a eu lieu au début de l’année 1976. Zhou Enlai s’éteint et malgré les interdits, 2 millions de pékinois défilent, défient le pouvoir en place. La répression engendre des émeutes annonçant la fin du maoïsme intransigeant.

En 1989 c’est un autre leader réformateur qui s’éteint : Hu Yaobang. C’est un communiste de la première heure, né dans une famille de paysans pauvres et qui a suivi Mao depuis la Longue Marche jusqu’à sa prise du pouvoir. Au début des années 1980 il tient des positions audacieuses notamment sur la politique au Tibet. En 1982 il obtient le poste de Secrétaire général du Parti communiste chinois, ce qui fait de lui le numéro 2 du régime chinois, juste en-dessous de Deng Xiaoping Il suffit de manifestations étudiantes en 1986 pour la démocratie auxquelles il apporte son soutien pour que sa position de fragilise et que Deng choisisse de le forcer à « démissionner » en 1987. C’est ainsi que le 8 avril 1989 lors d’une réunion du bureau politique il est foudroyé par une crise cardiaque. Il meurt le 15 avril. Des manifestations spontanées en sa mémoire se produisent un  peu partout  forçant le gouvernement à organiser des funérailles officielles le 22 avril : quelques 100 000 étudiants se dirigent vers la place Tian’anmen, où ils s’installent avant qu’elle ne soit bouclée par la police. L’important rassemblement, interdit par les autorités, a lieu devant le monument aux héros du peuple. A Pékin les manifestations grossissent : le deuil est devenu le catalyseur de la colère publique contre le népotisme,  contre la disgrâce injuste, la mort précoce de Hu et contre le rôle des « vieillards », les dirigeants officiellement en retraite mais toujours influents comme Deng Xiaoping. Pacifiques les cortèges d’étudiants réclament la 5è modernisation, la démocratisation. Un slogan fort au moment où l’Europe de l’Est s’absout du carcan socialiste et que la nouvel homme fort de l’U.R.S.S, Mikhaïl Gorbatchev encourage la libéralisation. Coincidence ce dernier est en visite officielle en Chine.

Derrière cette mort se joue le théâtre du pouvoir. Deux courants se font face : les réformateurs et les conservateurs. Les premiers veulent pousser plus loin les réformes notamment en matière politique, les autres veulent un durcissement du régime, une glaciation. Entre les deux, Deng Xiaoping, le petit timonier qui a survécu aux purges de Mao, éliminer la bande des Quatre joue des divisions. Partisan des réformes économiques, il hésite entre deux voies : celle de Zhao Ziyang favorable à une négociation avec les maniestants, Li Peng défendant une mise au pas par la force. Pendant toute la crise il écoutera l’une puis l’autre faction profitant des maladresses des réformateurs pour les faire tomber en disgrâce puis il saura faire échec à Li Peng qui tente après la répression de revenir sur les réformes économiques pour imposer au pouvoir son successeur, un quasi successeur Jiang Zemin qui a su à Shanghai à la fois contenir la contestation et limiter la violence. En apparence un dur, en réalité un pragmatique qui a négocié avec les oppositions.  Car l’enjeu est là : la conservation du pouvoir, le maintien de l’unité de la Chine à une époque où l’Europe de l’Est se désintègre. Fin politique et connaisseur de l’histoire chinoise, les dirigeants savent que les périodes de trouble débouche dans l’empire du milieu sur la sécession, la division. Or avec les réformes économiques, la Chine avance à plusieurs vitesses et nombreux sont les oubliés de la croissance. Sans le dire le pouvoir est entrain de construire son futur pacte politique : l’enrichissement contre l’absence de démocratie.

 

 

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